Bagatelles pour mon journal : pas plus moderne qu’ancien, pas plus Français que Chinois
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« Je ne suis pas plus moderne qu’ancien, pas plus Français que Chinois, et l’idée de la patrie c’est-à-dire l’obligation où l’on est de vivre sur un coin de terre marqué en rouge ou en bleu sur la carte et de détester les autres coins en vert ou en noir m’a paru toujours étroite, bornée et d’une stupidité féroce. 1»
On ne choisit pas son lieu de naissance, pas plus que ses parents ou sa famille. Interrogé sur sa patrie, Diogène répondit paraît-il : « Je suis un citoyen du monde ». Je devrais fournir la même réponse car, me sentant vraiment Européen, j’aurais également apprécié de naître en Italie, en Grande-Bretagne ou en Allemagne… et la liste n’est pas limitative. Il m’est arrivé de me dire Italien de cœur, Anglais par accointance et Français par hasard. Le fait d’avoir vu le jour en France ne provoque pas chez moi de fierté particulière ni de sentiment patriotique excessif. Il y a tant de sujets qui susciteraient la honte ! D’ailleurs, comme le notait Tzvetan Todorov : « Seuls les États totalitaires rendent obligatoire l’amour de la patrie2 ». Et Mario Vargas Llosa d’enchérir : « …la patrie n’est dans la vie qu’un incident insignifiant3». Des correspondances avec cette phrase bien connue : « Les travailleurs n’ont pas de patrie4. »
Je suis cependant très heureux d’être né ici. La beauté de la France satisfait aux exigences esthétiques les plus variées, en tout cas aux miennes, et c’est ce qui explique son succès touristique. Si je méprise souvent les pouvoirs successifs qui l’ont régentée, asservie, abîmée et exploitée, je rends grâce aux génies divers qui nous ont légué un patrimoine exceptionnel. Tous les pays ne peuvent se féliciter d’avoir une palette de talents aussi large en littérature, poésie, philosophie, architecture, peinture, sculpture, musique, danse, théâtre, cinéma, mathématiques, médecine, physique, chimie, urbanisme ou économie. J’en passe, mais je ne saurais oublier le génie civil : j’admire tous ces ingénieurs des Ponts, des Eaux et des Forêts et j’apprécie de la même manière tous ces grands jardiniers pour leur apport particulier à l’esthétique des paysages. Ni omettre que « La France doit beaucoup à l’immigration. Près d’un quart de la population est soit immigrée, soit descendante de parents ou grands-parents immigrés. Si l’on remonte des générations en arrière, nous sommes tous des descendants de l’homo sapiens qui a fondé l’espèce il y a 200 000 ans. Depuis, ce sont des mouvements migratoires qui ont contribué au peuplement de la planète. « Donc, s’il y a un grand remplacement, il a lieu depuis l’origine, mais alors pour remplacer qui ? Avant, il n’y avait personne ! 5»
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1 Gustave Flaubert. Lettre à Louise Colet, 26 août 1846.
2 Les Secrets d’un roman, 1971.Œuvres romanesques, La Pléiade, p. 752.
3 La Peur des barbares, Robert Laffont, 2008, p. 121.
4 Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste.
5 Gilles Pison, Anthropologue et démographe, cité par Valentine Watrin dans Libération du 10 juillet 2019.