Bien que ne partageant sans doute pas les idées de John N. Gray (philosophe et essayiste britannique) dont le positionnement politique se situe clairement à droite d’après ce que je pense, je rejoins néanmoins son point de vue : «  Il y a très peu de livres qui nous aident vraiment à comprendre le présent. La Stratégie du choc est l'un de ces livres[1] ».

Pour moi aussi, ce second livre de Naomi Klein fut une véritable révélation. L’essayiste, journaliste, réalisatrice de documentaires y développe son argumentation en s’appuyant sur les expériences de « lavage de cerveau » dirigées par Donald Ewen Cameron,  financées par la CIA. C’est simple : on détruit par la torture la personnalité du sujet. L’objectif est d’obtenir un cerveau vierge, une page blanche sur laquelle on pourra inscrire une nouvelle personnalité (1984, de George Orwell mis en pratique). Ce que l’on fait sur un individu, on peut l’appliquer à grande échelle sur un peuple.

Lumineux, cet ouvrage publié en 2007, explique comment des désastres (séismes, cyclones, inondations, changements de régimes, attentats), entraînent dans les populations des traumatismes psychologiques que les meneurs du capitalisme exploitent au profit de ce dernier en profitant de l’état de sidération de la population pour mettre en place des réformes économiques ou des régimes qui n’auraient pu voir le jour autrement (ou aussi facilement). Elle dénonce ainsi l’École de Chicago[2] dont Milton Friedman et Theodore Schultz sont les représentants les plus connus. Selon Naomi Klein, les tenants de cette vision libérale de l’économie imposeraient à l'occasion des désastres des réformes économiques comme notamment des privatisations de l’énergie ou de la sécurité sociale. La pandémie dont la planète a eu à souffrir en 2020 du fait de Codiv-19, conforte jusqu’à l’absurde et à  l’ignoble le constat sans appel de Naomi Klein.

Avant cet ouvrage, j’avais été marqué par son premier livre No Logo : la tyrannie des marques (traduit en 28 langues) véritable pamphlet contre la société de consommation devenu livre de référence de l’alter–mondialisme[3]. Nike et Adidas, y sont dénoncés par exemple pour les conditions de travail totalement inhumaines que ces sociétés appliquent en Asie. Mais aussi Total, Shell ou McDonald’s.

Depuis ces lectures, je viens de  terminer Le Double, Voyage dans le Monde miroir. Tout aussi lucide (hélas) et passionnant que les précédents.


[1] The end of the world as We Know It, The Guardian, 15 septembre 2007.

[2] L’École de Chicago subit l’influence des « Chicago Boys » des économistes ultra-libéraux de la célèbre université états-unienne.

[3] Les êtres humains sont souvent pétris de contradictions. J’avoue faire partie de cette catégorie. Ces petits égarements pour lesquels je plaide coupable ont noms pour les principaux : Burberry (manteaux, imperméables, blouson, vestes, chaussures), Alain Figaret (chemises et chemisettes), Éric Bompard (vestes, pulls, gilets), Charvet Place Vendôme (pochettes en soie), Aigle (parkas) Bernardaud (vaisselle), Baccarat (carafes), Clarks (chaussures), BMW et Mercedes, Maison du whislky, etc.

 

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