Crimes écrits. La littérature en procès au XIXe siècle [review]
04 févr. 2025/image%2F7030078%2F20250204%2Fob_34dc4e_ylcms02b.png)
L'essai d'Yvan Leclerc nous propose une analyse très claire et très perspicace des causes "structurelles" et conjoncturelles, ainsi que du déroulement, des principaux procès intentés à des écrivains français pour leurs écrits au siècle dernier ; à leur source commune bien entendu ; selon lui : ce mélange de conformisme social, de puritanisme et de sens du sacré qui imprègne l'institution judiciaire durant tout le XDCsiècle, mais aussi une conception de la littérature qui assigne à celle-ci un véritable devoir d'idéalisation, qui lui fait obligation d'être plus morale que la société et qui exige que l'auteur prenne clairement le parti du Bien, la simple neutralité comme "l'impersonnalité" étant dès lors a priori tenues pour suspectes. П n'y aura pas pire ce qui donnera par exemple cette affirmation dans la bouche de l'auteur de Chariot s'amuse, poursuivi en 1884 pour outrage aux bonnes mœurs : "En résumé je considère mon œuvre comme pouvant servir au traitement des onaniaques, et non comme pouvant propager l'onanisme" (p. 400). Quant à la stratégie défensive des imprimeurs et des éditeurs, qui ne paraissent pas s'être couverts de gloire au XIXe siècle devant les assauts de la justice et qui ne sortent pas plus grandis de la présente enquête que de certains autres livres parus ces dernières années et portant sur des périodes plus récentes de l'histoire de France, elle a le plus souvent consisté à jurer que, toujours malheureusement débordés, ils n'avaient pas eu le temps de bien lire la littérature incriminée!
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Yvan Leclerc, Crimes écrits. La littérature en procès au XIXe siècle, Pion, 1991, 447 p.