Enterrement de victimes de la peste noire à Tournai,

dans les Annales de Gilles Le Muisit (1272-1352), Bibliothèque royale de Belgique.

Les écrits sur la peste constituent un thème récurrent dans la littérature, explorant épidémies réelles et allégories morales ou politiques. Parmi les auteurs majeurs figurent Daniel Defoe, Albert Camus et Théodore Agrippa d’Aubigné, avec des œuvres mêlant essais, chroniques et fictions. Ces textes, souvent nés de contextes historiques tragiques, ont connu un accueil variable mais durable, occupant une place centrale dans les études littéraires.

Daniel Defoe publie en 1722 le Journal de l’année de la peste, récit fictif inspiré de l’épidémie londonienne de 1665-1666, présenté comme un témoignage direct. Albert Camus rédige La Peste entre 1940 et 1947, roman emblématique de l’existentialisme où une épidémie frappe Oran en Algérie. D’autres figures incluent Jack London avec La Peste écarlate (1912), vision dystopique post-apocalyptique, et Alessandro Manzoni dans Les Fiancés (1827), fresque historique italienne sur la peste de Milan en 1630.​

Defoe écrit au XVIIIe siècle, après la Grande Peste de Londres qui tua environ 70 000 personnes, visant à tirer des leçons prophylactiques et morales. Camus compose durant la Seconde Guerre mondiale (1940-1942), utilisant la peste comme métaphore de l’occupation nazie et de la Résistance française. D’Aubigné, au XVIe siècle, intègre l’épidémie de 1562 dans Les Tragiques, poème protestant sur les guerres de religion.​

Le Journal de l’année de la peste de Defoe mêle chronique quasi-journalistique et analyse épidémiologique, avec précisions chiffrées et médicales. La Peste de Camus est une fiction philosophique centrée sur le docteur Rieux, explorant absurdité et révolte humaine face à la mort. La Fontaine aborde le thème dans une fable critiquant la justice inégale, tandis que London opte pour la science-fiction.​

La Peste connaît un triomphe immédiat en 1947, avec des éloges pour son humanisme, bien que Roland Barthes critique son optimisme ; les ventes explosent lors des crises comme le Covid-19. Le Journal de Defoe est un succès commercial dès 1722, loué pour son réalisme clinique. Ces œuvres gagnent en notoriété posthume, boostées par des reprises contemporaines.​

Ces textes ancrent la peste comme topos littéraire, du réalisme défovien aux allégories camusiennes, influençant thèses et études sur l’imaginaire épidémique post-XVIIIe siècle. Ils interrogent solidarité, foi et pouvoir, essentiels aux analyses existentialistes et historiques. Dans les études, La Peste domine le corpus français moderne.​

Les essais historiques majeurs sur les épidémies en littérature analysent comment ces crises ont inspiré des œuvres littéraires, mêlant faits historiques, représentations culturelles et impacts sociétaux. Ils explorent des topos récurrents comme la peste, le choléra ou la tuberculose, souvent vus comme métaphores de désordres moraux ou politiques. Ces travaux s'appuient sur un corpus allant de l'Antiquité à l'époque contemporaine, avec une focalisation sur la littérature européenne.

Norbert Gualde, dans Les Épidémies racontées par la littérature (2016), examine comment des auteurs comme Defoe, Camus ou Mann ont transposé des épidémies réelles en récits révélateurs de l'humain, soulignant la dimension transdisciplinaire. Jacques Ruffié propose dans Les Épidémies dans l'histoire de l'homme : Essai d'anthropologie médicale (1984) une perspective évolutive, liant épidémies et littérature comme miroirs des luttes entre civilisations et microbes. Renaud Piarroux, avec Sapiens et les microbes (2023), retrace l'impact des épidémies sur l'histoire mondiale et leurs échos littéraires, des quarantaines médiévales aux fictions modernes.​

Ces essais mettent en lumière la peste bubonique, omniprésente depuis Boccace (Décaméron, 1348) jusqu'à Camus (La Peste, 1947), analysée comme allégorie de crises existentielles ou politiques. Le choléra et la tuberculose inspirent des études sur le XIXe siècle, comme chez Mann (La Montagne magique), où la maladie devient vecteur de transformation psychique. Des travaux comme ceux de Wald Lasowski sur la syphilis chez Balzac ou Zola explorent la décomposition morale dans la fiction.​

Ces essais croisent histoire, littérature et épidémiologie, influençant les analyses post-Covid sur l'imaginaire épidémique. Ils soulignent la littérature comme refuge et révélateur face à l'inconnu, avec des listes comme Histoire des épidémies recensant des références clés (Flahault-Zylberman, Cicolella). Leur notoriété croît avec les crises sanitaires, intégrés aux thèses sur les pandémies culturelles.​

 

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