Par Jean-François Viaud. Publié dans la revue Histoire, Médecine et Santé, automne 2012, p. 61-73.

 

À l’époque moderne, de nombreuses recettes de remèdes sont inscrites par les particuliers dans leurs livres de raison. L’étude de 330 de ces recettes montre l’éclectisme de leur origine, bien que le cheminement exact de leur transmission soit difficile à déterminer. Il ne s’agit pas d’une médecine strictement populaire. Au contraire, elle est en accord avec la médecine galénique alors pratiquée. La confection des remèdes à la maison est avérée et permet de se soigner à moindre coût.
Le recueil de recettes médicales est une pratique courante aux XVIIe et XVIIIe siècles chez les non-médecins. Il est fréquent qu’elles soient notées dans les livres de raison, où elles apparaissent régulièrement, parfois isolées, parfois par dizaines. Rappelons que les livres de raison sont des registres tenus par le chef de famille, essentiellement dévolus aux comptes domestiques, mais où l’on peut trouver toute information présentant de l’intérêt pour le rédacteur. Dans l’historiographie récente, ils ont suscité un regain d’intérêt chez les historiens, ces documents apportant de précieux renseignements sur la vie privée. Certains auteurs ont aussi signalé que ces sources pouvaient contribuer à l’histoire de la santé et des soins1. Jusqu’à une époque récente, les recettes de remèdes contenues dans les livres de raison n’avaient guère retenu l’attention des chercheurs et, si on les présentait dans quelques études, c’était surtout pour mettre en exergue les plus étranges d’entre elles, voire même les plus susceptibles d’induire du dégoût, tout en affirmant, avec un certain mépris, les faibles moyens de la médecine ancienne.
 
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