Par Arnaud BernadetIan Byrd et Élisabeth Chevalier. Dans la revue Études françaisesVolume 59, numéro 3, 2023, p. 5–16

En date du 10 juin 1994, Jean-Luc Lagarce consigne dans son Journal des notes qui, dans leur brièveté syntaxique, rassemblent la plupart des traits qui caractérisent le discours de soi et ce qu’on peut appeler l’éthos intime de l’écrivain, avec ses signes énonciatifs et attitudinaux propres : Cette parole immergée dans le quotidien puise dans les détails banals, voire infinitésimaux, de la vie. Elle suit les humeurs et les affects de l’auteur, même si l’allusion au sida et à l’imminence de la mort double aussitôt d’un sens tragique la pratique de l’écriture, centrée ici réflexivement sur elle-même, avec un sens aigu de l’auto-ironie. Au reste, le discours de soi et l’éthos intime ne sont pas réservés au diariste. Ils se rencontrent à parts égales chez l’homo epistolaris, et l’on compte en ce domaine des auteurs qui partagent le même amour des correspondants et de l’écoute amicale, de Madame de Sévigné à Flaubert. D’autres ont plutôt investi le genre personnel du carnet, comme Julien Gracq ou André Major. À dire vrai, on pourrait énumérer dans le même sens les exemples de notes, brouillons et feuillets, cahiers d’enfance, mémoires, récits-photos, registres, souvenirs, journaux de route et autres vlogs. Le cas cité par Jean-Luc Lagarce du film de Nani Moretti montre enfin que l’éthos intime peut emprunter d’autres modes d’expression que le langage et la littérature. La liste est donc ouverte qui va du keepsake romantique aux ressources numériques. Il n’est que de penser à cette passion équivoque pour l’égoportrait (selfie) que cultivent de nos jours les médias sociaux. 

Savoir plus : https://www.erudit.org/fr/revues/etudfr/2023-v59-n3-etudfr09552/1113528ar/

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