Le Carnet de route de Robert Porchon constitue un témoignage exceptionnel sur les premiers mois de la Première Guerre mondiale, magistralement complétant le récit de Maurice Genevoix dans Ceux de 14. Jeune saint-cyrien de 21 ans, Porchon rejoint le 106 e régiment d'infanterie en août 1914 et tombe aux Eparges le 19 février 1915, « la poitrine défoncée » par un éclat d'obus.

Document composite et acte mémoriel. L'ouvrage, édité par Thierry Joie aux éditions de La Table Ronde en 2008, présente une architecture singulière. Après la mort de son fils, la mère de Porchon recopie méticuleusement son carnet de route et ses lettres dans un « ex-voto de papier ». Elle y adjoint la correspondance reçue après le décès : lettres de Maurice Genevoix, de camarades, de chefs militaires et d'anciens professeurs. Cet ensemble documente « l'onde de doux qui s'étend et dure » après la disparition d'un jeune homme, l'un des cinq cent mille Français sacrifiés durant les six premiers mois du conflit.

Valeur littéraire et historique. Le carnet proprement dit couvre la période du 25 août au 3 octobre 1914, complétée par une correspondance jusqu'en février 1915. L'écriture de Porchon se distingue par sa fraîcheur et sa sincérité, s'approchant d'assez près du style de Genevoix. Son témoignage révèle une importante autocensure dans les lettres à sa mère, contrastant avec la franchise du carnet personnel. Porchon écrit le quotidien « au ras du sol », évoquant sans haine la figure de l'ennemi, documentant l'installation progressive dans la guerre de tranchées avec une lucidité remarquable.

Son récit fait « un troublant contrepoint » au témoignage de Genevoix, confirmant « la parfaite exactitude » de Ceux de 14 tout en variant l'éclairage. D'abord personnage littéraire immortalisé par son ami, Porchon s'incarne désormais à travers ses propres écrits, devenant paradoxalement « l'un des morts les mieux connus de la Grande Guerre »

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