Le grain de sel de Serge Bénard. Le chat d'Alice a « souvent vu un chat sans sourire mais jamais un sourire sans chat. »
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« Les Chinois voient l’heure dans l’œil des chats ». Comme ceux-ci dorment – à poings fermés – au moins seize heures par jour, les Chinois ne doivent pas connaître la ponctualité !
Certaines légendes affirment que ce « tigre de salon », comme l’appelait Flaubert, connaît sept, voire neuf vies. Il me faudrait bien cela pour dire tout le bien que je pense d’eux. Les Égyptiens ont été parmi les premiers à les domestiquer, dès le IVe millénaire avant notre ère. Ils les vénéraient. L’histoire des neuf vies tiendrait au fait que le chat trouve toujours un moyen de survivre quand il est en danger, mais il y aurait certainement d’autres explications autour du symbolisme du chiffre neuf.
Dans le delta du Nil, à moins de cent kilomètres du Caire, Tell Basta – de l’égyptien antique Per Bastet – signifie « la maison de Bastet » et constitua le sanctuaire de la déesse Bastet. On y a retrouvé quantité de chats momifiés, preuve que cet endroit fut un lieu de culte des félins. Bastet, déesse de la maison et du chat domestique, est souvent représentée sous la forme d’une chatte. Nous avons rapporté d’Égypte une telle statuette, toujours en évidence à notre domicile, pour souligner l’importance que nous accordons aux félins.
Le chat est l’animal le plus représenté de toute l’Égypte : sur des peintures, par des statues ou encore des bijoux. Dans l’Égypte ancienne, on le traitait avec les plus grands égards. Plus qu’un simple animal de compagnie, il avait le rôle d’un « protecteur des récoltes » : parcourant les champs, il éliminait rats et souris coupables d’endommager les récoltes. Précision utile : cet animal était respecté et vénéré par toutes les classes de la population égyptienne.
Le chat a envahi la littérature et continue de le faire. Il figurait déjà au XIIe siècle dans Le Roman de Renart ainsi que dans Le Maistre Chat, ou le Chat Botté de Charles Perrault, qui a fait mes délices d’enfant comme de beaucoup d’autres sans doute. On dit que notre auteur se serait inspiré de Somadeva, écrivain cachemire du XIe siècle. En 1553, Jean François Straparole de Caravage avait publié à Venise La Chatte de Constantin le fortuné, une histoire similaire. L’œuvre de Perrault a fait le tour du monde et résisté au temps, même si sa morale peut paraître douteuse… Chez Edgar Poe, on peut lire dans ses Histoires extraordinaires « Le Chat noir », un conte fantastique. Personnellement, j’ai un grand faible pour les Peines de cœur d’une chatte anglaise contées par Balzac. De même pour le chat du Cheshire, à propos duquel Alice au pays des Merveilles se dit qu’elle a « souvent vu un chat sans sourire mais jamais un sourire sans chat. »
J’ai élevé ou fréquenté beaucoup de ces adorables raminagrobis. Enfin… un certain nombre. Le premier me fut offert par mon père. C’était une chatte à poils ras dont le pelage gris évoquait un dos de maquereau, une chatte dite de gouttière. J’étais alité avec les oreillons et une forte température quand il me l’apporta, tapie dans un grand carton. La présence de cette petite chose venue se blottir spontanément contre moi me restitua promptement mon énergie. On la nomma Moussette, je me demande pourquoi, mais à l’époque on n’était pas regardant et les mêmes noms circulaient en boucle d’une famille à l’autre. À moins qu’il y ait un rapport homonymique avec une araignée de mer ou petit crabe familier des côtes normandes, dont la chair très réputée se compare parfois même à celle du homard ? On dut la donner après deux belles portées, car elle était fort sale quant à ses besoins naturels. Pour la sauver de cet exil, j’ai longtemps, en catimini, nettoyé et camouflé ses immondices… En vain.