Virginie, 40 ans : «J’imagine que je cherche à sublimer le quotidien»

«Il ne se passe pas quinze jours sans que j’écrive. J’ai des pratiques très différentes, selon les périodes. J’ai commencé en sixième. J’ai eu ma période collage comme beaucoup. Puis j’ai tenu un five years diary. Vous connaissez ? Sur la même page, il y a cinq cases à la même date, pour les cinq années consécutives. Je trouvais l’exercice intéressant : écrire dans un espace réduit des éclats de vie, en ayant sous les yeux les années précédentes. Le rapport aux saisons prend une autre dimension : tiens, à telle date, je préparais déjà la limonade au sureau. Je me baignais dans la mer alors que cette année, l’eau est gelée…

Alain Varlet, 76 ans : «Je fais du Proust en pyyyjama, du baratin»

«Je suis à la fin de ma vie, usé de partout. J’ai toujours écrit. J’ai commencé au lycée, au fond de la classe. C’était en 1968. Sur mon carnet, je critiquais tout. Je ne me suis jamais arrêté. Encore aujourd’hui. Je suis à l’hôpital pour une infection pulmonaire, mais j’ai un cahier posé juste là. Ecrire ne me libère de rien. Surtout quand je n’ai pas le moral, il n’y a rien de pire pour ressasser. J’écris pour trouver la vérité mais je tourne autour du pot. Je ressasse beaucoup. Souvent, je m’embarque dans des grandes explications dont je ne me sors pas. Dans mes phrases, plus il y a d’adjectifs et de propositions subordonnées, plus je suis content. Je fais du Proust en pyjama. Du baratin. Je mets à distance, avec de l’ironie. J’écris comme je pense. Et… je pense à la vitesse de mon écriture.

Stacie, 16 ans : «Le seul jugement auquel on s’expose, c’est le sien»

«“Amour”, c’est le premier mot de mon carnet. Je commence toujours par un titre, comme le nouveau chapitre d’un roman. Voici le début : “A l’époque, l’amour était un ressenti de paix, un bijou que je ne souhaitais surtout pas perdre. Aujourd’hui, on ne fait plus attention à ce sentiment de bien-être.” C’était en avril, après un événement affectif. Quand la catastrophe est arrivée, j’ai voulu écrire pour me souvenir, car les pensées ne sont pas permanentes, elles viennent et repartent. Quelque part, cela me rassure de laisser une trace pour plus tard. Et puis, je me sens moins seule quand j’écris. Je dis ça entre guillemets, parce que j’ai des amis. Leurs conseils m’aident mais ce n’est pas pareil. Je peux tout écrire, sans me retenir. C’est ma façon d’extérioriser mes émotions, de libérer ce que je suis incapable de dire. Même si après coup, en me relisant, je trouve que j’exagère. J’ai un peu honte des mots que j’emploie parfois parce qu’ils sont vraiment très forts.

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