Bagatelles pour mon journal : Trump, taupe ou pas taupe ?
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Dès l’élection de Trump en 2016, et même déjà pendant la campagne électorale qui l’avait précédée, une suspicion tenace laissait planer le doute sur l’ingérence de la Russie en faveur de celui qui fut finalement élu quarante-cinquième président des Etats-Unis. Diverses hypothèses furent avancées, sans qu’aucune ne parvienne à être retenue comme plausible – et encore moins certaine. La méfiance ne se transforma pas en défiance. Seuls une infime minorité de politiciens campèrent sur leurs positions. Mais la grande masse des citoyens qui allaient voter ignorèrent ces signaux dont bientôt plus personne ne se soucia.
La dernière campagne qui a vu le succès du républicain a quelque peu ravivé le doute. Mais celui-ci est demeuré modestement répandu et n’a donné lieu ni à des controverses et encore moins à des empoignades. L’innocence de la Russie, sans faire l’unanimité, a été plus ou moins admise, les supputations d’ingérence étant finalement supplantées dans l’opinion par ses attaques informationnelles clairement dénoncées.
Je pense depuis longtemps que Trump est une taupe de Poutine. Il l’a révélé sans fard dans cet entretien récent avec le vaillant président ukrainien. Ses dernières évolutions me confirment donc dans cette opinion. Il y a des précédents célébrissimes. Reste à savoir comment il en est arrivé là. Comment les services secrets russes et Poutine le tiennent-ils ? Les articles publiés récemment par Le Monde relatifs à des journalistes français au service du Kremlin démontrent que tout est possible, même l'impensable. Jadis, l’inénarrable Geneviève Tabouis avait ainsi été retournée par les soviétiques. D’après son biographe, Denis Maréchal, elle recevait mensuellement (en 1930) 5 000 francs de l'ambassade soviétique (soit environ 3 500 €).
Les exemples sont nombreux. Ils ont déjà fait l’objet de multiples articles, émissions et livres. Mais à ma connaissance, la France, au sens large, ne s’en est jamais émue. D’ailleurs, le phénomène n’a pas de frontière. Pour mémoire, je rappelle (en vrac) : en 1974, Günter Guillaume, agent secret est-allemand infiltré conseiller au sein du bureau du chancelier fédéral, Willy Brandt, qui dut démissionner ; en 1963, le scandale Philby, une affaire d’espionnage au sein du Foreign Office dans laquelle furent compromis quatre agents britanniques ; les époux Rosenberg physiciens américains au service de l’U.R.S. S. (condamnés à mort, exécutés) ; George Blake un agent double travaillant au Royaume-Uni pour le compte de l'Union soviétique ; Aldrich Hazen Ames, officier de la CIA taupe du KGB soviétique puis du SVR russe ; Robert Hanssen un des cerveaux du contre-espionnage américain, membre actif du FBI 27 ans durant (l'un des responsables de la division « sécurité nationale ») ; Harold Nicholson le plus haut gradé de la CIA jamais convaincu d'espionnage, etc. Sans oublier dans la fiction romanesque La Taupe de John le Carré ou la passionnante série télévisée The American qui met en scène un couple d'officiers du KGB longtemps à l’abri des soupçons, un couple formé pour vivre aux États-Unis comme de bons citoyens américains nés au Canada.
Donc, les taupes ne sont pas des vues de l’esprit. Leur qualité essentielle réside dans une incroyable capacité à tromper leur environnement en vivant « normalement » d’un véritable travail hors du contexte espionnage.