L’invention de soi après une crise : le journal de deuil
21 mars 2025Par Françoise Simonet-Tenant. p. 91-100.
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Pourquoi le journal de deuil ? S’il est une crise majeure dans une vie, c’est sans doute l’épreuve cruciale du deuil : « la mort de l’autre, non seulement mais surtout si on l’aime, n’annonce pas une absence, une disparition, la fin de telle ou telle vie, à savoir de la possibilité pour un monde (toujours unique) d’apparaître à tel vivant. La mort déclare chaque fois la fin du monde en totalité, la fin de tout monde possible, et chaque fois la fin du monde comme totalité unique, donc irremplaçable et donc infinie1. » Quel rôle peut jouer l’écriture diaristique lors de la commotion suscitée par un deuil ? Le journal de deuil permettrait-il sinon l’invention de soi de moins la reconstruction ou la sauvegarde de soi ?
2Il est nécessaire de replacer l’écriture du journal de deuil dans son contexte historique. Il y a une historicité du deuil comme l’a bien montré Philippe Ariès : l’attitude devant la mort n’est ni immobile ni achronique. À partir de la fin du XVIIIe siècle s’amorce un changement dans les mentalités et les sensibilités, qui se cristallise lors du romantisme : dès lors le deuil est hystérisé et hyperbolisé, et ses manifestations sont ostensibles. « Cette exagération du deuil au XIXe siècle a bien une signification. Elle veut dire que les survivants acceptent plus difficilement qu’autrefois la mort de l’autre. La mort redoutée n’est donc pas la mort de soi, mais la mort de l’autre, la mort de toi2. »
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1Derrida J., Chaque fois unique, la fin du monde, textes présentés par Pascale-Anne Brault et Michael Naas, Paris, Galilée, 2003, p. 9.
2Ariès P., Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Le Seuil, 1975, p. 58.
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