Bagatelles pour mon journal. Chez les Grecs de l’Antiquité, à l’origine, il n’y a pas d’hommes (andres) ni de femmes (gunaïkes), mais des êtres humains (anthropoï)
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Je ne pensais pas être un jour confronté à un tel problème. Certes, il n’est pas nouveau, mais il est devenu d’une actualité brûlante. Le concept du genre désigne en sciences sociales ce qui, de façon non biologique, différencie les hommes des femmes, alors que le type sexuel correspond aux différences biologiques. Les féministes se sont emparées du genre pour souligner les différences entre hommes et femmes : différences sociales, économiques, culturelles, voire politiques. Il s’ensuit un débat mondial où s’affrontent des conceptions différentes. Ces débats très sérieux tournent parfois à la foire d’empoigne où tous les coups sont bons, pourvu qu’ils atteignent l’adversaire, ce qui donne lieu naturellement à des outrances qui frisent le ridicule. Ainsi, le 10 juin 2019, le Vatican a publié un texte rejetant la supposée « théorie du genre ». Intitulé, Il les créa homme et femme, ce texte – pour ne pas dire ce brûlot – doit aider les enseignants des écoles catholiques à contrer cette supposée « idéologie » qui, selon les auteurs, « nie la différence naturelle entre un homme et une femme ». Souvenons-nous que chez les Grecs de l’Antiquité, à l’origine, il n’y a pas d’hommes (andres) ni de femmes (gunaïkes), mais des êtres humains (anthropoï) sans différenciation de sexe…
Il y a aussi combat dans la langue ! De fait, l’écriture inclusive fait partie du débat. Je ne suis pas un admirateur inconditionnel de l’Académie française, mais sa prudence sur cette question me convient, car la néographie proposée me rebute esthétiquement. En effet, « Le masculin de la langue n’est pas le masculin du monde sensible », affirme Danièle Manesse[1] avec une autorité à laquelle je me rallie sans problème. D’ailleurs, tout ceci ne sera probablement qu’un feu de paille et non l’incendie qu’on pouvait craindre. En tout cas, je n’écrirai jamais de cette manière, même si j’admets qu’il est anormal que le masculin « l’emporte » sur le féminin, en grammaire comme ailleurs.
(À suivre)
[1] Danièle Manesse, professeur émérite de sciences du langage à l’université Sorbonne-Nouvelle Paris-III.