Victor Klemperer, Willy Cohn, Walter Tausk et Oskar Rosenfeld

Article de revue, pages 77 à 102 . Par Hélène Camarade.

La table typique du shabbat : une coupe de kiddoush, deux hallot (recouvertes d'un napperon) et deux bougies.

Plusieurs journaux intimes comptent parmi les textes emblématiques de la Shoah, celui d’Anne Frank par exemple ou, plus récemment, ceux d’Etty Hillesum et Victor Klemperer. Ces textes sont considérés comme des témoignages de première catégorie et c’est souvent à ce titre que leurs auteurs les ont conçus. Le journal intime est, en effet, un genre auquel les victimes de la politique raciale ont eu massivement recours, à la fois avant et pendant la déportation. Si l’on s’intéresse aux victimes ayant vécu sur le sol allemand, on constate que les pratiques des auteurs se modifient dès l’arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, puis que les fonctions assignées au journal évoluent au fil des années, souvent en corrélation avec les étapes de la persécution. Certains diaristes ne se mettent à tenir des journaux qu’après la déportation. Cette pratique semble avoir été particulièrement répandue dans les ghettos, comme en témoignent les nombreuses publications de journaux intimes écrits dans les différents ghettos en hébreu, yiddish, polonais, allemand ou tchèque [2]. L’historien Emmanuel Ringelblum, à la tête, dans le ghetto de Varsovie, d’un groupe qui s’était donné pour mission d’en sauvegarder clandestinement les archives [3]

Lire la suite : https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-de-la-shoah-2014-2-page-77?lang=fr

________________

  • [1]
    Hélène Camarade, professeur des universités en études germaniques à l’université Bordeaux Montaigne, membre Junior de l’Institut universitaire de France (promotion 2014), est spécialiste de la résistance allemande au national-socialisme, de l’opposition politique en République démocratique allemande (RDA) et de la mémoire de ces deux dictatures. Parmi ses dernières publications : Écritures de la résistance. Le journal intime sous le Troisième Reich, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2007 (Prix Pierre Grappin) ; (avec E. Guilhamon et C. Kaiser) (éd.), Le National-Socialisme dans le cinéma allemand contemporain, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2013.
  • [2]
    Pour n’en citer que quelques-uns traduits en langue française : Mary Berg, Le Ghetto de Varsovie. Journal de Mary Berg, traduit par L. Baillon de Wally, Paris, Albin Michel, 1947 ; Adam Czerniakow, Carnets du ghetto de Varsovie. 6 septembre 1939-23 juillet 1942, traduit du polonais par Jacques Burko, Maria Elster et Jean-Charles Szurek, Paris, La Découverte, 1996 ; Petr Ginz, Journal 1941-1942, suivi des Écrits de Terezin 1942-1944, traduit du tchèque par Barbara Faure, Paris, Seuil, 2010 ; Chaim A. Kaplan, Chronique d’une agonie. Journal du ghetto de Varsovie, traduit de l’américain par Jean Bloch-Michel, nouvelle édition augmentée, Paris, Calmann-Lévy/Mémorial de la Shoah, 2009 ; Abraham Lewin, Journal du ghetto de Varsovie. Une coupe de larmes, traduit de la version anglaise par Dominique Mill, Paris, Plon, 1990 ; Hillel Seidman, Du fond de l’abîme. Journal du ghetto de Varsovie, traduit de l’hébreu et du yiddish par Nathan Weinstock, Paris, Plon, coll. « Terre humaine », 1998 ; Dawid Sierakowiak, Journal du ghetto de Lodz 1939-1943, traduit de l’américain par Mona de Pracontal, Paris, Édition du Rocher, 1997 ; Edith Velmans, Les Carnets d’Edith, traduit de l’anglais par Hélène Collon, Paris, Phébus, 2003.
  • [3]
    Oneg Shabbath.
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