La correspondance privée, simulacre d'autobiographie ? Un bon épistolier laisse sa marque sur ses lettres
11 févr. 2025[article]
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Il vous sera ici proposé de faire un détour du côté des correspondances privées, afin d'en étudier les aspects qui autorisent ensuite, a posteriori et souvent de manière posthume, critiques et biographes à utiliser les éléments autobiographiques contenus dans des missives pour affiner leur portrait d'un auteur. C’est donc cette lecture pervertie d'une correspondance — pervertie dans la mesure où le code initial n'est pas respecté, où la correspondance est lue par un public auquel elle n'était pas destinée à l'origine — et les problèmes critiques que cette lecture soulève, qui feront l'objet de cette étude.
Afin de mieux apprécier ce qui dans une lettre peut ensuite donner lieu à une lecture "autobiographique," il convient tout d'abord de définir les caractéristiques du genre épistolaire, dont le code fut exposé par les épistoliers britanniques au dix-huitième siècle1; il faut aussi comparer ces caractéristiques avec celles de l'autobiographie (telles que Philippe Lejeune les a définies2): dans les deux cas, nous avons affaire à des écrits de l'intime, qui reflètent la personnalité de l'auteur. Mais la ressemblance paraît se limiter à ce seul aspect: en effet, une correspondance n'est constituée que d'une série de lettres souvent incomplète, qui n'a pas à l'origine été construite comme un ensemble, mais plutôt comme une succession de réponses, comme un dialogue mené par écrit, à distance; l'ouvrage appelé correspondance n'existe qu'a posteriori, lorsqu'un travail de collecte a été accompli par des proches (ou lorsque l'épistolier et ses correspondants ont eu la délicatesse de préserver soigneusement ces témoignages, par égard pour ses futurs biographes, ce qui est somme toute assez fréquent!).
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