La nature m’a pourvu de cheveux très fins. Autrement dit : indociles et difficiles à coiffer correctement selon l’étiquette de notre société et de ma génération. Or, ma mère entendait qu’ils se conduisent de façon aussi disciplinée que moi. Pour les y contraindre, quand la barrette ne fut plus de mise, étant donné mon âge, elle opta pour la gomina, cette cire coiffante destinée à lustrer les cheveux et à maintenir le coiffage. Cette gomina née en Argentine fut une marque déposée en 1926. Le charme de Rudolph Valentino joua-t-il un rôle dans le choix maternel ?

Sans doute pour des raisons économiques, ma mère fabriquait elle-même ce produit cosmétique très à la mode dans les années cinquante. Je me souviens qu’elle préparait cette suspension, avec beaucoup de mise en scène, dans un pot en verre soigneusement vissé après usage, mais je n’ai jamais connu la recette… qui ne m’importait d’ailleurs pas. Le résultat était assez saisissant : j’arborais une tignasse impeccablement rigidifiée qu’il fallait presque disloquer au marteau, le moment venu du coucher, ce cassage laborieux provoquant un nuage de particules blanches. La brillantine, également utilisée à la même époque, n’était pas admise, car trop grasse et insuffisamment fixatrice à son goût. Puis, un jour, cette pommade capillaire fut remplacée par le Pento. À la différence de la gomina d’origine argentine et des différents gels qui rendaient la chevelure rigide, ce produit français donnait un effet mouillé et laissait les cheveux souples. Comme cette relève industrielle correspondait à des utilisateurs d’un âge plus avancé, vers mes dix ou onze ans je me l’appliquais tout seul. Résultat, je m’en tartinais littéralement la tête ad nauseam, ce qui produisait une chevelure grasse, à l’opposé du but recherché. Plus tard, largement adulte, j’ai connu une « période laque ». Il fallait bien faire entendre raison à cette tignasse rebelle ! Cela dit, je n’y suis jamais parvenu et, finalement, j’ai accepté mes cheveux tels qu’ils étaient, sans rien ajouter.

Retour à l'accueil