Ah ! l’honnête femme qu’on aurait aimé rencontrer et bien connaître  : Marie de Vichy-Chamrond, marquise du Deffand. Cette grande dame trouve naturellement sa place ici en raison de son caractère exceptionnel, mais aussi et surtout parce que la lecture de ses lettres m’a présenté un être dont je partage volontiers au-delà des siècles les doutes et les convictions : « Il n’y aurait que deux plaisirs pour moi dans ce monde : la société et la lecture ». Sans doute sa société et la mienne sont-elles largement différentes, mais le plaisir de l’observer, de la juger, de la critiquer doit être le même. " Sa correspondance est une vivante mémoire historique. Inlassablement, elle s'entretient avec les grands esprits de son temps : Voltaire, Montesquieu, le président Hénault, d'Alembert et, surtout, Horace Walpole. Ses lettres regorgent de noms propres, d'anecdotes, de relations d'événements, de portraits vibrants de méchanceté et de drôlerie." affirme Chantal Thomas (Préface à Madame du Deffand, Lettres 1742-1780).

Je sais depuis longtemps que les femmes de tête (alliant intelligence et finesse) ont trop souvent été ignorées ou écartées des louanges et célébrations officielles au profit de la gent masculine, comme si de droit revenait à celle-ci la faculté d’une intelligence supérieure et d’une virtuosité insurpassable dans l ‘usage de l’esprit, de la parole ou de l’écrit. Il n’en est rien et l’avenir verra sans doute exhumées maintes signatures cloîtrées, enterrées, enfouies ou cachées à la vue du public parce qu’estimées mineures ou inférieures.

Heureusement, Madame du Deffand, comme quelques autres salonnières, a surmonté brillamment cet obstacle et déjoué les éventuelles cabales réservées aux femmes d’esprit. Née en 1697 durant le (trop) long règne de Louis XIV, Marie de Vichy-Chamrond a épousé le Marquis du Deffand de la Lande. Elle avait 22 ans. Petit bémol à mon enthousiasme, sa méchante pique contre Buffon : « Il ne s’occupe que des bêtes ; il faut l’être un peu soi-même pour se dévouer à une telle occupation. » Mais je reconnais qu’elle avait le don de la parole perfide qui fait mouche. C'est sans doute la raison pour laquelle je  l'apprécie hautement.

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