Dans Les chiens de garde, Paul Nizan fustige les philosophies produites par la bourgeoisie. Il note qu’elles servent « à détourner les exploités de la contemplation périlleuse pour les exploiteurs, de leur dégradation, de leur abaissement. » Il suffit de voir la production actuelle pour confirmer… Sans compter que bon nombre de « philosophes » contemporains sont autoproclamés et adoubés par leur microcosme, au mépris de cette recommandation de La Bruyère : « Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel. »

Lisant Robespierre. L’homme qui nous divise de Marcel Gauchet1 publié avant l’apparition des Gilets jaunes le 17 novembre 2018, je suis étonné par les nombreuses similitudes de ce mouvement spontané avec des périodes révolutionnaires françaises comme celles de 1789, 1832, 1848, 1871 ou 19362 Les Gilets jaunes rejoignent ainsi dans l’histoire sociale et politique de la France notamment les Jacques (1358), les Canuts (1831 puis 1834 et 1848), les Nu-pieds (1639), les Sans-culottes (1789).

En résumé, ce mouvement pour une démocratie participative et contre la mondialisation de la finance pose la question de la justice et celle de l’abaissement. C’est en effet contre ce dernier que le mouvement dit des Gilets jaunes, mouvement citoyen spontané, s’est insurgé à l’automne 2018. On a beaucoup glosé sur l’essence (sans jeu de mots)3 de ce bouillonnement. Quelques mois après, Emmanuel Macron affirmait encore que « penser que nous avions affaire à de simples citoyens en train de manifester, c’est du pur 'bullshit' » (des conneries en français) 4.

Les « éditocrates » et leur cohorte d’experts plus ou moins fumeux ont déroulé leurs pseudo analyses démontrant malgré eux combien il leur était difficile de comprendre la situation. Pourtant, « Cela reste une loi inéluctable de l'histoire : elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque. C'est ainsi que je ne puis me rappeler quand j'ai entendu pour la première fois le nom d’Adolf Hitler. » constate Stefan Zweig dans Le Monde d’hier5.

 

[1] Robespierre. L’homme qui nous divise le plus. Marcel Gauchet, 2018.  

[2] Sans sous-estimer l’apport de 1968 à l’évolution de la société française, je n’ai jamais considéré ce mouvement comme une possible « révolution ».

[3] C’est un mécontentement lié à la hausse des prix des carburants qui a donné naissance au mouvement des « Gilets jaunes ».

[4] Macron doit penser que la vulgarité facilite la communication avec « le peuple ».

[5] Le Monde d’hier, Stefan Zweig. La Pléiade Romans, nouvelles et récits, Tome II. « …témoignage personnel sur la première moitié du XXe siècle, somme autobiographique qui se présente comme la nécrologie d’une Europe disparue ou en train de disparaître, celle qui fut le cadre de l’existence de Zweig et d’une bonne part de ses fictions. » (Catalogue de l’éditeur)

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