JOURNAL COMMENCÉ LE 14 NOVEMBRE 1813
Si j' avais commencé ce journal il y a dix ans , et que je l' eusse fidèlement tenu ! eh !... oh !... Il n' y a que trop de choses que je voudrais ne pas me rappeler. Après tout, j' ai eu ma part de ce qu' on appelle les plaisirs de cette vie, et j' ai vu du monde européen et asiatique, plus qu' il n' a été utile à mon bonheur. On dit que la vertu est à elle-même sa propre récompense. Certes , elle doit bien se payer pour la peine qu' elle nous donne. A vingt-cinq ans, lorsque la meilleure partie de la vie est déjà écoulée, on devrait être quelque chose ; et que suis-je moi ? Rien, qu' un homme de vingt-cinq ans et quelques mois. Qu' ai-je vu ? Le même homme partout ; oui : et partout la même femme. Qu' on me donne un mahométan qui ne fasse jamais de questions, et une femelle de la même race qui nous épargne la peine d' en faire. Sans cette peste, cette fièvre jaune, et ce délai de Newstead, je serais maintenant pour la seconde fois près de l' Euxin. Si je puis me sortir du dernier embarras, je m’inquiéterai peu de la contagion ; et à tout événement, le printemps me verra là-bas ; pourvu toutefois que je ne me marie ni ne démarie personne dans l' intervalle . Je voudrais que quelqu'un fut ... ma foi , je ne sais ce que je voudrais .

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