Bagatelles pour mon journal : du bon usage des grammaires, dictionnaires et lexiques
17 févr. 2025/image%2F7030078%2F20250216%2Fob_fa6ff2_j-i-bagatelles.jpg)
Durant la vue de grand lecteur, j’ai plus ou moins collectionné plusieurs dizaines de lexiques, vocabulaires et grammaires spécialisés. Mais les énumérer ici serait fastidieux. Je noterai cependant l’illustre et fondamental Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis beaucoup consulté (en parallèle, je suis devenu un lecteur régulier des ouvrages de ce dernier) et puis aussi le grand ouvrage de Joseph Hans : le Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne (première version, 1983). Le Bon usage de Grevisse figure naturellement en excellente place parmi ces titres (édition du Club français du livre, 1970) ainsi que le Dictionnaire des idées reçues (toujours d’actualité) du grand Flaubert et le très apprécié Gradus, les procédés littéraires de Bernard Dupriez (en 10/18).
Enfin, je m’en voudrais d’oublier l’excellent Dictionnaire du français non conventionnel de Jacques Cellard (jadis chroniqueur du langage pour Le Monde), tellement intéressant que notre fille aînée, vers ses dix ans peut–être, l’avait subtilisé dans notre bibliothèque et le cachait sous son matelas pour se régaler avec sa cadette de cette lecture supposée licencieuse (bien que toutes deux ignorassent sans doute ce mot) en tout cas polissonne, qui a semblé les réjouir. Pour l’anecdote, il convient de ne pas omettre le Dictionnaire méthodique et pratique des rimes françaises, rafistolé, ravaudé et scotché à force d’avoir servi au poétereau et mauvais versificateur que je fus (type d’ouvrage excellent à l’adolescence pour l’enrichissement du vocabulaire). En marge, je consulte régulièrement pour le plaisir le Dictionnaire philosophique ou La Raison par alphabet de Voltaire comme celui de Flaubert : Dictionnaire des idées reçues. Je ne saurais clore cette énumération sans y ajouter, perle savoureuse, Le Dictionnaire du Diable, d’Ambrose Bierce, cynique, sarcastique, rosse et drôle.
L’avènement de l’informatique a modifié (malheureusement ?) les comportements à l’égard de ces dépositaires de la langue, le mien aussi. J’ai ainsi délaissé le cher Grand Robert, tellement consulté qu’il en est vraiment usagé, pour le Trésor de la langue française informatisé[1] (abrégé en TLFi). Remarquable certainement, surtout pour les citations, même si, comme modeste utilisateur furieusement régulier, j’aurais beaucoup de remarques à faire, sur sa conception, sa présentation, son organisation, la typographie, les coquilles (eh ! oui…) et encore la méconnaissance de la ligature (phénomène très répandu, mais choquant dans un dictionnaire de cette envergure). J’ajoute les oublis, quand certains mots ont plusieurs significations et que le TLFi en omet une (fait constaté plusieurs fois). Enfin, consulté lui aussi plus que souvent, le Dictionnaire Électronique des Synonymes (DES). Cet outil extraordinaire mis au point par l’Université Caen Normandie m’a fait oublier tout ce qui a pu exister du même genre en papier et qui, au regard du DES, paraît bien pauvret. Une fausse note pourtant : la ligature[2] (mon dada). Pourquoi si je renseigne le mot « mœurs », j’obtiens la réponse : « Le mot mœurs ne possède pas de synonyme dans le DES » et qu’en l’écrivant improprement « moeurs » je dispose de tous les synonymes (17 en l’occurrence) ? L’influence de l’anglais qui, je crois, ne connaît pas la ligature ?
Pour ma part, modestement, j’ai rédigé Les mots de la presse écrite, un lexique de ma façon publié chez Belin. Je n’oublie pas non plus le Dictionnaire du jardinage en collaboration avec mon ami Bruno Vaesken, chez Dargaud. C’est pourquoi assez naturellement m’est venue l’idée de rassembler souvenirs, anecdotes, partis pris et idées dans l’ordre alphabétique. Plus thématique que chronologique ! D’ailleurs, «La lexicographie tend à devenir, en littérature, un nouveau moyen de transmettre des travaux de recherche tout en laissant au lecteur la liberté de ne prendre que ce qu’il attend d’un thème. Il suffit de consulter les entrées et l’objet de l’étude apparaît selon une combinaison propre à chacun[3].» La collection des Dictionnaire amoureux illustre bien ce propos. Je suis donc d’actualité (tout à fait par hasard) au regard de la mode.[1] Le TLFi est la version informatisée du TLF, un dictionnaire des XIXe et XXe siècles en 16 volumes et 1 supplément : 100 000 mots avec leur histoire, 270 000 définitions, 430 000 exemples…
[2] Voir Ligature.
[3] Thomas Mercier, Dictionnaire Drieu, nonfiction.fr, 26 septembre 2018.