Article de revue.

Pages 19 à 32.

 

 

"Je vais, par mon pouvoir diabolique, enlever les toits des maisons, et je veux que malgré les ténèbres de la nuit, le dedans se découvre sans voile à vos yeux " (Lesage, 1707, p. 21). C’est ce que propose le diable boiteux, dans le roman éponyme de Lesage à l’étudiant Cléofas. Le diable amène alors l’étudiant sur la plus haute tour de Madrid et soulève le toit des maisons. Et l’étudiant peut découvrir les secrets et l’intimité des habitants. Qui n’a pas rêvé un jour de disposer du pouvoir de Cléofas et de satisfaire la pulsion voyeuriste qui anime, peu ou prou, tout un chacun ? Il est significatif que ce roman publié en 1707 dise la fascination que peut exercer la connaissance du dedans d’autrui : en matière de culture de l’intime, le xviiie siècle a constitué en France un tournant.

Qu’est-ce que l’intime et comment le définit-on dans les dictionnaires ?

C’est un terme à la fois simple et complexe. L’adjectif intime est emprunté (fin du xive siècle) au latin intimus, superlatif qui signifie « ce qui est le plus en dedans, au fond ». Saint Augustin dans une formule célèbre de ses Confessions (397-401 ap. J.-C.) a recours au terme : « Je te cherchais à l’extérieur de moi-même, mais toi tu étais plus intérieur à moi que ce que j’ai de plus intérieur » (tu autem eras interior intimo meo). L’intime ne désigne pas pour Augustin le repli sur une intériorité psychologique mais Dieu, qu’il interpelle en ce passage des Confessions. Au xviie siècle, l’adjectif intime s’applique essentiellement à la caractérisation d’un ami ou d’une amitié et il est défini dans le Dictionnaire de Furetière à la fin du xviie siècle comme un « ami particulier, et à qui on découvre son cœur et ses affaires plus confidemment qu’à tout autre ».

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