Lettre d'un poilu.
02 mars 2025Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Tous espèrent que les hostilités seront de courte durée mais le conflit se prolonge. Cette guerre moderne, pour laquelle on met au point de nouvelles armes redoutables, durera quatre ans et laissera derrière elle des millions de morts et d'invalides, soldats et civils. Portrait de l'auteur de la lettre.
En 1914, Jean Déléage est marié, a 38 ans, est père de deux enfants et exerce la profession d'inspecteur de l'école primaire. Depuis le front, il envoie de nombreuses lettres à sa famille et, en retour, reçoit de leurs nouvelles. Ces lettres, conservées aux Archives départementales, portent en elles toutes les souffrances que la guerre fait endurer aux soldats et nous donnent également une idée des préoccupations quotidiennes de ceux qui sont à l'arrière.
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Transcription conforme à l'original
Mercredi 29 septembre 1915
Ma chère Louisette,
Je t'ai promis, presque solennellement, de te dire la vérité ; je vais m'exécuter, mais en revanche tu m'as donné l'assurance que tu aurais les nerfs solides et le coeur ferme.
Je suis depuis ce matin dans des tranchées conquises depuis 2 jours, l'ensemble de ces tranchées et boyaux forme un véritable "labyrinthe", où j'ai erré 3 heures cette nuit, absolument perdu. Les traces de la lutte ardente y sont nombreuses et saisissantes ; et d'abord elles sont plus qu'à moitié détruites par l'ouragan de mitraille que notre artillerie y a lancé, aussi sont-elles incommodes et horriblement sâles malgré les réparations urgentes que nous y avons faites ; tout y manque : l'eau (propre ou sale), les boyaux, les latrines ; elles sont à moins de 200 mètres de la 1ère ligne ennemie, avec laquelle elles communiquent par des boyaux obturés ; elles sont parsemées de cadavres français et allemands ; sans presque me déranger j'en compte bien 20 figés dans les attitudes les plus macabres. Ce voisinage n'est pas encore nauséabond, mais il fait tout de même mal aux yeux ; ce matin, à 5 heures, nous arrivons mouillés et harassés, et j'entre dans le premier abri venu pour me détendre, j'avise une bonne planche, m'y étends, la trouve moelleuse, mais 5 minutes après je m'aperçois qu'elle fait sommier sur 2 cadavres allemands ; et bien, crois-moi, ça fait tout de même quelque chose, au moins la 1ère fois. On marmite fort tout autour de nous et vraiment c'est parfois un vacarme ; déjà je ne salue presque plus.
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Les Archives départementales conservent des témoignages de cette sombre période. Aux archives administratives viennent notamment s'ajouter deux fonds privés dans lesquels on trouve des lettres de poilus : le fonds de l'Abbé Desroche, curé d'Iguerande (13 J) et le fonds de la famille Déléage (53 J).