Les écrits de Hans Frank, dignitaire du Reich nazi et gouverneur général de la Pologne occupée, comportent un journal de prison rédigé dans l’attente de son procès à Nuremberg ainsi que des lettres, qui sont des documents historiques majeurs sur le rapport d’un criminel de guerre à ses propres actes.​

Illustration : vue partielle du banc des accusé au procès de Nuremberg

Genèse et contenu des écrits de prison

Après son arrestation en 1945, Hans Frank rédige ses mémoires intitulés Im Angesicht des Galgens (« Face à la potence »), qui prennent la forme d’un journal de prison et de lettres. Ces textes témoignent de sa volonté de mettre par écrit sa réflexion sur l’ampleur des crimes commis et sa propre responsabilité, dans une tonalité oscillant entre repentance et tentatives d’excuses. Frank y affirme, par exemple, n’avoir acquis pleinement connaissance de l’existence des camps d’extermination qu’en 1944, ce qui fut jugé mensonger et hypocrite au procès.​

Valeur littéraire et réception critique

Le journal de Frank se signale par une dimension intime mais aussi auto justificative ; il insiste sur sa culture, sur ses dilemmes personnels, et sur une dernière tentative de lecture religieuse et expiatoire de son destin. La critique contemporaine, notamment à travers l’analyse du fils de Frank, Niklas Frank, souligne la violence des réquisitoires portés contre son père, et s’appuie sur les abondants journaux intimes pour déconstruire tout discours d’innocence ou d’humanisation du dignitaire nazi. Les spécialistes — comme Catherine Bogaert et Philippe Lejeune dans leur histoire du journal intime — rappellent la forte ambiguïté de l’écriture de soi chez les responsables nazis, où le registre du repentir côtoie la défense constante de l’idéologie et du système.​

Impact sur la mémoire et l’historiographie

Les documents laissés par Hans Frank sont aujourd’hui étudiés comme sources importantes sur la psychologie des bourreaux, sur la banalité du mal et sur les usages du journal intime comme lieu d’autodéfense ou de réinvention narrative. L’analyse de cette littérature carcérale montre comment l’écriture en prison peut relever autant d’une stratégie de mémoire que d’une volonté, parfois consciente, d’effacement partiel des crimes. La figure de Frank est ainsi souvent associée à une hypocrisie extrême et à une difficulté du repentir authentique, ce qui fait de son journal et de ses lettres des objets de controverses, plus qu’un exemple de "littérature de la rédemption".​

Conclusion critique : Le journal et les lettres de prison de Hans Frank sont des pièces capitales pour comprendre la mécanique intime de la culpabilité et du déni chez un haut responsable nazi. S’ils offrent une porte sur l’enfermement, la peur et la mise à nu des bourreaux, ils doivent être lus avec une forte distance critique et replacés dans leur contexte idéologique et mémoriel.​

Le texte de référence pour le journal et les lettres de prison de Hans Frank est intitulé Im Angesicht des Galgens (« Face à la potence »), rédigé lors de sa détention à Nuremberg en 1945-1946. Plusieurs éditions et sources critiques sont reconnues pour leur fiabilité et leur qualité éditoriale.​

Éditions recommandées

  • Édition originale allemande:
    Im Angesicht des Galgens, première édition en 1953 (Bonn, Athenäum-Verlag), est la version la plus complète, comportant à la fois des extraits du journal et la correspondance de Frank en prison. Cette édition est parfois difficile à trouver mais elle fait autorité pour tout travail sérieux.​
  • Rééditions et accès en ligne:
    Le texte original de 1946 est accessible sur Internet Archive, permettant la consultation gratuite et la comparaison avec des éditions imprimées ultérieures.​
    Des rééditions universitaires en Allemagne proposent des annotations et des appareils critiques, notamment celles qui intègrent des analyses historiques et contextuelles.

Sources secondaires et études critiques

  • Essais et articles critiques:
    Des études approfondies figurent dans des ouvrages collectifs et des publications scientifiques sur l’écriture carcérale des dignitaires nazis, incluant les analyses de Nicolas Patin et les numéros de revue tels que Les écrits intimes des responsables nazis sur JSTOR.​
    L’ouvrage-phare du fils de Hans Frank, Niklas Frank, Der Vater. Eine Abrechnung (1987), propose un regard critique et biographique, souvent utilisé comme complément à la lecture des écrits du père.​
  • Présence bibliographique et critiques françaises:
    Pour la réception francophone, la plupart des références universitaires et bibliographiques sont consultables sur les portails comme Persée ou Cairn (ex : thèses et études de droit et d’histoire), mais la traduction française intégrale reste rare, et privilégier la lecture des extraits dans les anthologies sur le nazisme et le procès de Nuremberg.​

Conseils pratiques

  • Privilégier la version allemande annotée pour un usage scientifique.
  • Consulter les ressources numérisées pour l’accès au texte intégral.
  • Lire les compléments critiques (Patin, Niklas Frank) pour élargir l’analyse et situer le discours de Hans Frank dans l’histoire de la mémoire.​

Cette sélection constitue une base fiable pour approcher les journaux et lettres de prison de Hans Frank et pour croiser les points de vue historiques, critiques et biographiques nécessaires à une lecture analytique et bien informée.​

 

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