Jean-Claude Guillebaud, journaliste et écrivain, est mort samedi dernier à l'âge de 81 ans. On lui doit notamment Les confettis de l'Empire, un carnet de voyage édifiant qui souligne la survie du colonialisme.
10 nov. 2025/image%2F7030078%2F20251110%2Fob_16b57f_jean-claude-sur-ses-terres-768x511.jpg)
Jean-Claude Guillebaud, journaliste et écrivain, est mort samedi dernier à l'âge de 81 ans. On lui doit notamment Les confettis de l'Empire, un carnet de voyage édifiant qui souligne la survie du colonialisme.
« Les confettis de l'Empire » de Jean-Claude Guillebaud est un essai incisif qui explore la réalité des départements et territoires d’outre-mer français dans les années 1970, souvent assimilés à de simples vestiges de l’ancien empire colonial. À travers une démarche de grand reporter, Guillebaud arpente ces îles—Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Nouvelle-Calédonie...—et dénonce avec vigueur les persistances du pacte colonial sous couvert de républicanisme et de principes universalistes.
L’ouvrage se distingue par une « colère » manifeste. Guillebaud dénonce avec brio les mécanismes d’exploitation, le désastre économique et le despotisme administratif qui gangrènent les sociétés ultramarines françaises. Les titres de chapitres évocateurs—« La honte », « La faillite », « Les pillages », « Le mensonge », « Le chantage »—témoignent d’une analyse passionnée, parfois outrancière, mais solidement étayée par des faits, des chiffres et des témoignages recueillis sur le terrain.
Guillebaud y souligne avec conviction :
- Les vestiges coloniaux : Guillebaud questionne la véritable autonomie des DOM-TOM, qui restent soumis à des logiques d’exploitation et d’asservissement rappelant la période coloniale.
- L’identité abîmée : L’auteur insiste sur la destruction de l’« âme » des peuples ultramarins, de leur culture et de leur histoire, victimes de politiques assimilationnistes menées au nom de principes humanistes français, mais qui provoquent des dégâts irréversibles.
- Les scandales politiques et économiques : Le livre dresse l’inventaire des scandales, de l’affairisme et des intérêts particuliers qui façonnent la vie politique locale, souvent au détriment de la population et du bien commun.
Il concentre son propos sur la dénonciation, sans nécessairement formuler de réponses ou de solutions. Sa plume acerbe met avant tout en lumière le caractère ambigu et contesté du maintien de la présence française outre-mer : ces « confettis », oubliés par le centre, sont exhibés comme symboles d’un universalisme républicain, mais se révèlent être les reliquats douloureux d’une histoire coloniale dans laquelle deux millions de citoyens vivent, souvent dans l’ambiguïté de leur statut.
Le livre, tout en datant de 1976, pose une question fondamentale qui résonne encore : la France serait-elle le dernier empire colonial ? À travers les « confettis » éparpillés sur la mappemonde, Guillebaud interroge le rapport entre mémoire, histoire et politique, proposant une méditation sur les ambiguïtés et les responsabilités de l’État face à ses territoires périphériques.
Ce cri d’alarme, nourri par la colère et l’expérience directe, demeure un texte de référence pour la compréhension critique des outre-mer français, oscillant entre le regret d’un passé glorieux et les désillusions d’une présence postcoloniale difficilement assumée.