Les écrits clandestins désignent des textes rédigés et diffusés en secret pour échapper à la censure, aux autorités ou à la surveillance, dans des contextes politiques, religieux ou personnels extrêmes. Ils constituent un témoignage irremplaçable sur les pratiques de résistance intellectuelle et la survie humaine dans des conditions de danger.

Définition et typologie

Les écrits clandestins englobent plusieurs catégories distinctes. Les manuscrits philosophiques clandestins des XVIIe et XVIIIe siècles sont des textes anonymes, généralement anti-chrétiens et hétérodoxes, qui circulaient sous forme manuscrite pour échapper à la censure royale et ecclésiastique. La littérature clandestine proprement dite apparaît pendant la Seconde Guerre mondiale, définie par Vercors comme une production intellectuelle réfractaire à toute soumission aux directives de l'ennemi, distincte de la simple propagande résistante. Les manuscrits de l'extrême regroupement des écrits rendus dans des situations de prison, péril, passion ou possession, conservant les traces physiques de leur production dramatique.

Histoire et évolution

La tradition des écrits clandestins remonte au XVIe siècle avec des textes comme le Colloque entre sept savants attribué à Bodin. Entre 1690 et 1760, environ 250 textes philosophiques correspondant à près de 2000 exemplaires manuscrits circulent clandestinement en Europe, révélés pour la première fois en 1912 par Gustave Lanson. Ces manuscrits critiquent la violence la religion chrétienne en s'appelant sur le rationalisme de Descartes, Malebranche, Spinoza et Locke. La période napoléonienne connaît également une importante production de littérature clandestine sous censure. En 1942, sous l'Occupation, émerge un nouveau genre littéraire : la littérature clandestine française qui s'oppose à la maturité au régime par l'objet livre lui-même.

Auteurs, motivations et périodes

Les auteurs d'écrits clandestins varient selon les époques. Au XVIIIe siècle, on trouve des philosophes amateurs provinciaux comme Jean Meslier, curé d'Etrépigny qui compose un Mémoire matérialiste et communiste, Robert Challe avec ses Difficultés sur la religion, ou Yves de Vallone avec La Religion du chrétien. Des intellectuels parisiens comme Fontenelle, Fréret, Du Marsais et Boulainviller produisent des traits critiques. Pendant la Seconde Guerre mondiale, résistants, déportés et carcéraniers écrivent pour témoigner, maintenir le lien avec l'extérieur et conservateur leur humanité. Les motivations incluent la contestation intellectuelle, la survie psychologique en défense, le témoignage historique et la transmission d'informations vitales.

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