Florence à l'écritoire. Exploration des pratiques d'écriture familiale dans la Florence de la première Renaissance
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Florence à l'écritoire est un ouvrage de Christiane Klapisch-Zuber, historienne spécialisée dans la période médiévale et renaissante, publié aux Éditions de l'EHESS. Ce livre porte le sous-titre complet « Écriture et mémoire, XIVe-XVe siècles » et explore les pratiques d'écriture familiale dans la Florence de la première Renaissance.
L'objet d'étude : les ricordanze
L'ouvrage s'intéresse aux livres de famille ou ricordanze, documents hybrides qui tenaient à la fois du registre comptable et du recueil de notices familiales. Ces écrits, rédigés essentiellement par des hommes à l'intention de leurs descendants masculins, relataient des faits dignes de mémoire (ricordi).
La Florence étudiée est celle d'une ville de négociants, d'industriels, d'artisans et de peintres qui tous tenaient des livres de comptes et documentaient leur vie familiale. Comme le rappelle Leon Battista Alberti dans les années 1430, cité dans l'ouvrage : « C'est le devoir d'un marchand d'avoir quasiment toujours la plume à la main ».
Structure et approche méthodologique
L'étude se déploie en trois temps principaux :
- Les manières d'écrire : Klapisch-Zuber analyse comment les rédacteurs compilent et amendent leurs ricordi, en fonction de leur statut social
- La question d'une mémoire féminine : elle interroge la place des femmes dans ces écrits qui tendent généralement à les effacer des généalogies
- L'honneur et les conflits : deux chapitres examinent comment l'écrit sert de mode de gestion des conflits et d'outil de restauration de l'honneur
Études de cas significatives
L'historienne s'appuie sur des études de cas concrètes, comparant notamment : Andrea di Tommaso Minerbetti, notable florentin qui peut s'appuyer sur l'exemple de ses prédécesseurs
- Gaspare Nadi, maçon bolonais qui inaugure une pratique d'écriture familiale et se révèle être un véritable auteur
- Neri di Bicci, peintre dont le livre centré sur son activité professionnelle représente la majorité des ricordanze florentines
La place des femmes
Un aspect particulièrement novateur de l'ouvrage concerne l'interrogation de l'absence apparente des femmes dans cette documentation. Klapisch-Zuber montre comment, paradoxalement, leur mémoire était parfois sollicitée pour reconstituer les généalogies familiales, comme dans le cas du notaire Lorenzo Da Lutiano qui interroge sa mère en 1366.
L'historienne examine également la correspondance de Dora Del Bene, mère et épouse de la fin du XIVe siècle, pour faire entendre une authentique voix féminine et montrer l'implication des femmes dans les affaires familiales.
Portée historique et sociale
L'ouvrage révèle comment ces écrits domestiques constituent un « précieux miroir de ce qui tient ensemble les familles ». Ils témoignent de l'interpénétration des écritures comptable et domestique, et montrent comment l'honneur familial se construisait et se défendait à travers l'écrit.
Poursuivant ses recherches sur la parenté médiévale, Christiane Klapisch-Zuber propose ici une approche proche de la micro-histoire, permettant de saisir le quotidien et l'intimité des individus de cette époque, dans la lignée de ses travaux fondateurs des années 1980.