Admettons provisoirement l'usage d'adjectifs dans les discours sur la musique ; qu'est-ce qu'on peut bien vouloir dire lorsqu'on prétend qu'une œuvre musicale est « triste » 
 

 

 

 

Certains auteurs vont jusqu'à s'étonner qu'un morceau de musique puisse être triste (ou joyeux, ou revêtir toute autre qualité émotionnelle) puisqu'il est, par nature, dépourvu de conscience et de vie. Mais leur étonnement a de quoi surprendre : « triste » ne s'applique pas qu'aux personnes.

S'il en était besoin, le dictionnaire nous révélerait que « triste » a un autre sens, destiné aux choses : est triste ce qui exprime le chagrin, est inspiré par la mélancolie, etc. Et c'est là que commence véritablement tout le problème. La plupart de ceux qui y ont réfléchi pensent que la musique possède des propriétés expressives en elle. Dire d'un morceau qu'il a la propriété d'être triste est énoncer quelque chose de littéralement vrai, aussi vrai que lorsqu'on reconnaît à une pièce en sol mineur la qualité d'être écrite dans cette tonalité. Contrairement à la conception formaliste ­ incarnée au mieux par Hanslick au XIXe siècle ­ qui leur déniait toute pertinence, les propriétés émotionnelles sont des propriétés esthétiques comme les autres.

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