Les surprises littéraires du Journal de Delacroix : peinture vs poésie, la quête d’un autre romantisme
11 avr. 2025Par Corinne Bayle dans Les Journaux de la vie littéraire : actes du Colloque de Brest, 18-19 octobre 2007. P. 343-353. Presses universitaires de Rennes | octobre 2009.
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S’il est d’abord un journal de la création et une réflexion sur l’art, bien plus qu’un journal intime, le Journal de Delacroix nous renseigne sur les lectures du peintre et l’influence que la littérature, et singulièrement la poésie, exerça sur ses toiles. Lectures innombrables d’auteurs classiques, français et étrangers, des siècles passés mais aussi de nombreux écrivains modernes, toutes ont nourri sa pensée et fourni des sujets à ses tableaux, de Shakespeare à Byron, de Dante à Goethe, du Tasse à Walter Scott. Or, le plus grand peintre romantique, célébré comme tel par Théophile Gautier le premier, se révèle, au fil des pages, hostile au Romantisme de Chateaubriand et de Lamartine, dont il est pourtant le direct contemporain. Au rebours d’une littérature des larmes et de l’expression de soi, il prône un autre lyrisme qui s’exprime de façon magistrale dans sa peinture, refusant la fadeur du bleu dégradé pour lui préférer le rouge puissant de l’idéal baudelairien. Je voudrais monter comment son dialogue avec les écrivains contre lesquels ou avec lesquels il définit sa position donne un éclairage singulier à la notion de vie littéraire à travers les surprises de son journal, qui s’intéresse à des questions d’esthétique avec beaucoup de subtilité.
« Dans la peinture, il s’établit un pont mystérieux entre l’âme des personnages et celle du spectateur1. » Cette remarque célèbre ouvre, ou presque, le Journal de Delacroix, elle inaugure une réflexion quasi ininterrompue qui cherche passionnément à circonscrire la peinture et ses qualités intellectuelles et émotionnelles, en la situant par rapport aux autres arts, tout particulièrement la littérature. L’artiste commente abondamment les ouvrages qu’il découvre, en une sorte de dialogue fictif plus fertile que celui qu’il peut avoir avec les écrivains qu’il connaît.
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1Eugène Delacroix : Note du 8 octobre 1822, in Journal, 1822-1863, Paris, Plon, 1996, p. 29.