[Ce texte de Caroline Ibos  a d’abord été publié dans L’intime, de la chambre aux réseaux sociaux, Éditions Beaux Arts, Musée des Arts décoratifs, Paris, octobre 2024]

L’intime exprimerait ce que le sujet fait surgir des profondeurs de son corps, de ses affects, de sa psyché : étymologiquement, il renvoie à ce qu’il y a de plus intérieur. Il se tisse dans l’épaisseur de la conscience de soi, dans un saisissement de sa subjectivité suffisamment puissant pour que personne ne puisse l’en dépouiller. Ce rapport à soi n’est pas solitude. Bien au contraire, par jeux de miroir, il se réverbère dans le regard d’autrui. Se voir reconnaître  la profondeur de l’intime  s’inscrit dans des rapports sociaux et tout le monde n’y a pas droit. L’intime ne se confond pas avec l’intimité, notion finalement mieux cernée qui désigne les « territoires du moi[1] » au sens spatial, social ou symbolique. La fortune actuelle du mot “intime” signale peut-être un désir de retrait face à l’injonction des réseaux sociaux de se mettre en scène. À rebours, on prête volontiers à l’intime un pouvoir de révéler, sous la superficialité de selfies retouchés, l’authenticité d’êtres en proie au doute et épris de liberté. La tentation est alors forte de le soustraire au politique.

Voir plus : https://domesticites.hypotheses.org/2950

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[1] L’expression est celle du sociologue Erving Goffman dans La mise en scène de la vie quotidienne. La présentation de soi (Paris, Minuit, 1973). 

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