Par Pascale MolinierChapitre de l'ouvrage Construire, écrire et lire un article en psychologiePages 43 à 54.

 

 

Ce texte relate une expérience personnelle, évidemment singulière, mais n’est-ce pas toujours le cas de l’expérience de l’écriture ? Il ne me semble pas qu’on puisse, dans ce domaine, tracer des généralités. Pour me situer, mes recherches s’inscrivent dans trois dimensions : la psychodynamique du travail et psychothérapie institutionnelle, la psychologie morale (éthique du care), la psychanalyse et les études de genre. Toutes les trois ont en commun de se situer à des intersections « en friche » de la psychologie, de la philosophe et des sciences sociales, entre travail, éthique et subjectivité. J’emprunte l’idée de friche à Marcel Mauss (1936, p. 365) :
« Quand une science naturelle fait des progrès, elle ne les fait jamais que dans le sens du concret, et toujours dans le sens de l’inconnu. Or, l’inconnu se trouve aux frontières des sciences, là où les professeurs “se mangent entre eux”, comme dit Goethe (je dis mange, mais Gœthe n’est pas si poli). C’est généralement dans ces domaines mal partagés que gisent les problèmes urgents. Ces terres en friche portent d’ailleurs une marque. Dans les sciences naturelles telles qu’elles existent, on trouve toujours une vilaine rubrique. Il y a toujours un moment où la science de certains faits n’étant pas encore réduite en concepts, ces faits n’étant pas même groupés organiquement, on plante sur ces masses de faits le jalon d’ignorance : “Divers”. C’est là qu’il faut pénétrer. On est sûr que c’est là qu’il y a des vérités à trouver : d’abord parce qu’on sait qu’on ne sait pas, et parce qu’on a le sens vif de la quantité de faits…

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