En 1792, le livre de raison de Madeleine Benoit, veuve d’Avignon, déplore la négligence dont son mari et son père ont fait preuve dans la préservation des papiers familiaux. Du moins ses enfants pourront-ils recourir à d’autres hommes de la famille, « peres attentifs […] qui ont recueilli les preuves de la famille Martinel », pour trouver des documents « plus clairs que ne peut faire icy une femme […] ayant succédé à des autheurs dérangés » [1]. L’auteure du livre de raison souligne ses limites en tant que femme dans cette tâche visiblement masculine. Elle n’en profite pas moins pour exercer sa capacité critique et entreprendre la rédaction d’un manuscrit de près de deux cents pages.

Cette ambiguïté caractérise les écrits domestiques féminins de la Provence moderne. Une trentaine de femmes, trois fois moins que d’hommes, ont ainsi rédigé des livres de raison, des livres de famille ou encore des généalogies, dont les archives gardent surtout la trace au-delà des années 1660 (22 manuscrits) [2]. 

Voir plus : https://shs.cairn.info/revue-clio-2012-1-page-21?lang=fr

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  • 1
    M. Benoit, p. 4. Les manuscrits cités sont inventoriés en annexe.
  • 2
    Huit de ces écrits sont rédigés après 1750. Ce travail en cours s’appuie sur les fonds des archives départementales des Alpes-Maritimes [ADAM], des Bouches-du-Rhône [ADBR] et du Var [ADVa], ainsi que des bibliothèques municipales d’Aix-en-Provence, d’Arles, de Draguignan et de Marseille. Les inventaires après décès livreraient encore d’autres textes (Dolan 2007). Sur la typologie et l’intérêt de ces écrits hétérogènes, relevant de la comptabilité des biens (livres de raison, ratio) comme des hommes (livres de famille), nous renvoyons notamment aux bilans dressés par Tricard 2002, Cazalé-Bérard & Klapisch-Zuber 2004, Mouysset 2007, 2009.
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