Bagatelles pour mon journal. Le grain de sel de Serge Bénard
17 avr. 2025/image%2F7030078%2F20250417%2Fob_c70791_bag-250225.jpg)
« On peut faire le sot partout ailleurs, mais non en la poésie », alertait Montaigne. Le sujet est effectivement trop sérieux pour être abandonné entre n’importe quelles mains. Quant à la caractériser correctement, de manière dicible, c’est autre chose. Beaucoup s’y essaient, peu y parviennent, à mon goût. Cependant, j’aime bien cette définition un peu lapidaire, mais essentielle : « Le propre de la poésie s’attache à rendre une sensation. » Elle date de 1995 et nous la devons à Nathalie Sarraute. Avant de devenir texte rimé ou non, la poésie est avant tout une sensation, une émotion, un choc, un saisissement. J’imagine que cela s’apparente à ce que ressentent ceux qui ont la foi.
Nous continuerons néanmoins à nous interroger à ce sujet, car chacun y met ce qu’il pense. « Imaginez un homme qui revient de la chasse et qui répond à un autre qui l’interroge : « J’ai tant tué de petits lapins blancs − que mes souliers sont pleins de sang. −... etc. » Quelle poésie sombre en ces lignes qui sont à peine des vers !
Adolescent, comme beaucoup d’autres, je me crus poète et je me mis à noircir des feuilles et des feuilles. Je fis même éditer à compte d’auteur une modeste plaquette au titre ambitieux : Poésie, suivi du poème autobiographique. On n’était pas loin de La Prose du transsibérien….
Mais je vous ai réservé un morceau de choix : « Sur les clôtures à claire-voie, sur les rameaux entrelacés, sur les tiges d’érianthe, je voyais en lambeaux, des toiles d’araignée : ça et là, aux fils rompus étaient suspendues des gouttes de pluie qui semblaient des perles blanches enfilées. Je me sentais, en admirant tout cela, délicieusement triste. » (Notes de chevet, Sei Shônagon, Gallimard/Unesco, page 172.)