Bagatelles pour mon journal : « Lolita, c’est moi ? »
04 avr. 2025
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Pourquoi, en lisant un jour Nabokov, cette phrase m’a-t-elle sorti de mon admiration béate pour le lépidoptériste, appelé aussi lépidoptérologue ? Celui-ci écrivait : « J’ai lu aujourd’hui La Sonate à Kreutzer : une petite brochure assez vulgaire – mais il fut un temps où je trouvais cela très fort. »[1] Intrigué, voire interloqué, j’ai voulu vérifier sur-le-champ ce que l’auteur de Lolita pouvait reprocher à Léon Tolstoï. J’ai donc relu La Sonate à Kreutzer, que Nabokov traitait avec dédain de brochure[2]. Il est évident que le caractère franchement anti patriarcal et féministe de La Sonate est à l’opposé de Lolita : une histoire de pédophilie, pour faire court. On ne peut être plus opposés que ces deux auteurs quant aux rapports hommes-femmes. Cet écart entre les deux grands écrivains me déconcerte, mais je n’ai jamais considéré Nabokov comme un progressiste ; seulement un écrivain majeur et un personnage plus qu’attirant. À 24 ans, Nabokov disait avoir lu Madame Bovary une centaine de fois, et en français. Alors, Monsieur Nabokov, « Lolita, c’est moi ? »
[1] V. Nabokov, Personne n’aime comme nous. Éditions Mille et une nuits, 2021, p. 43.
[2] TLF : « Petit ouvrage de peu de feuilles, qui n’est pas relié comme un Livre; mais seulement broché ». L’édition que j’ai relue et qui semble faire autorité est celle traduite du russe par E. Halpérine-Kaminsky, chez Ernest Flammarion, Paris 1906.