Bagatelles pour mon journal : blasphème, que de crimes on commet en ton nom depuis si longtemps !
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Mot remis au goût du jour par l’obscurantisme renaissant du XXIe siècle, et d’abord par les islamistes intégristes, le Larousse définit le blasphème comme « une parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré ». Encore faut-il adhérer à ces « valeurs »… En 1913, l’Encyclopédie catholique soutenait que le blasphème « ne doit s’intéresser qu’au domaine de la religion, tandis que le blasphème, étymologiquement, peut diffamer aussi bien une créature que ce qui appartient à Dieu. Dans sa stricte acception, il n’est utilisé que dans ce dernier sens ». Belle marche arrière !
Le blasphème comme insulte à un Dieu est différent du sacrilège, ce dernier définissant simplement la profanation d’objets sacrés. Ni l’un ni l’autre n’ont jamais été réprimés par l’Église, à ce qu’il semble, pas plus que par la monarchie du Moyen Âge. C’est seulement au XVIe siècle que ces délits d’ordre pourtant strictement religieux sont devenus l’objet d’une instrumentalisation politique… Le Chevalier de la Barre en fit les frais, exécuté le 1er juillet 1766 pour ne pas s’être découvert lors d’une procession du Saint-Sacrement… Charge accablante supplémentaire au passif de ce vrai mécréant dont l’exécution devait servir d’exemple : il fut trouvé à son domicile un exemplaire du Dictionnaire philosophique de Voltaire. Il n’existe plus de délit de blasphème depuis 1791. De la même façon, ailleurs, on coupe une main pour décourager le vol, on lapide pour réprimer et endiguer l’adultère, on crucifie pour un vol armé, etc.
Le déchaînement de haine à travers les continents trouve son point culminant dans l’attentat qui, en 2015, vise en France Charlie Hebdo. Le 7 janvier, douze personnes sont assassinées et onze blessées, dont quatre grièvement. Blasphème, que de crimes on commet en ton nom depuis si longtemps !
Le retour préoccupant de l’influence religieuse a rendu au blasphème un rôle qu’il avait cessé de jouer depuis que les Lumières l’avait exclu de la sphère politique et juridique. Pourtant, de nos jours, en Alsace et dans le département de la Moselle, la prohibition du blasphème est demeurée en vigueur jusqu’en 2017. Elle résultait d’une législation correspondant à leur annexion par l’Allemagne.
En ce qui concerne notre état, selon un discours officiel, notre droit ne connaît pas le blasphème et n’aura jamais à le connaître, dixit notre Premier ministre, le mardi 13 janvier 2015 devant l’Assemblée nationale. En Europe (Grèce, Allemagne, Pologne, Danemark, Norvège et Islande), le blasphème ou la liberté d’expression concernant la religion sont encore réprimés. Il n’y aura pas d’Europe véritable tant que de telles discordances existeront en son sein. Les laïcs ne sont pas au bout de leurs peines.
Peu à peu, la notion de délit ou de crime attribuée au blasphème a cependant disparu des codes dans de nombreux pays, sauf dans certaines théocraties, musulmanes notamment. D’où les fatwas émises contre les caricaturistes de Mahomet.
« Début 2017, 71 pays « de toutes les régions du monde » étaient encore dotés d’une loi réprimant le blasphème. 25,4 % d’entre eux sont situés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, 22,5 % en Europe, 15,5 % en Afrique subsaharienne et 11,2 % sur le continent américain. Depuis, deux pays – Malte et le Danemark en juin – ont supprimé cette disposition de leur législation. » ai-je pu lire dans La Croix du 18 octobre 2017…