Mme de Genlis et les correspondances littéraires
25 mars 2025
Communication de Mme Birgitta Berglund-Nilsson (Université de Karlstad, Suède) au XLVIF Congrès de l'Association, le 17 juillet 1995.

La presse française duXVIIIe siècle ne mentionne pas souvent les écrivains femmes. Dans les années 1780 cependant, bien des articles sont consacrés à Mme de Genlis et à son œuvre. J'ai choisi d'étudier ce que disent d'elle la Correspondance littéraire de Grimm et la Correspondance littéraire secrète de Mettra (1) lors de la parution de ses premières œuvres. Les deux correspondances se ressemblent par bien des aspects, mais restent cependant fort différentes. Les deux feuilles sont caractérisées par leur ton ironique. Ni la Correspondance de Mettra ni celle de Grimm n'étaient soumises à la censure. La Correspondance de Grimm est manuscrite, celle de Mettra est imprimée. La Correspondance de Grimm renferme des critiques littéraires ; Mettra par contre, le plus souvent ne fait qu'annoncer des ouvrages qui venaient de paraître. Parfois il en donne des extraits. En comparant le contenu de la feuille de Grimm (2) à celle de Mettra, nous avons pu constater que très souvent leurs choix d'ouvrages correspondent. La Correspondance de Mettra renferme plus de libelles et de satires que celle de Grimm qui, elle, parle plus souvent d'ouvrages écrits par des femmes que ne le fait celle de Mettra. Serait-ce dû au fait que Mme d'Epinay avait collaboré à la Correspondance de Grimm ? Nous ne saurions répondre à cette question, et, de toute façon, c'est Meister qui, dans les années qui nous concernent, était le rédacteur de la Correspondance, ayant remplacé Grimm en 1774. Comme Mettra ne signale que rarement à ses lecteurs des ouvrages littéraires écrits par une femme, il est étonnant de trouver dans sa Correspondance plusieurs articles et même des comptes-rendus approfondis consacrés à Mme de Genlis et à son œuvre.
Félicité Ducrest de Mézières, comtesse de Genlis, femme de lettres célèbre, est l'auteur d'une quantité considérable d'ouvrages de caractère différent, livres pédagogiques, romans, contes et drames. Plusieurs de ces livres furent traduits en allemand, en anglais, en italien, en russe. Or cette femme, qui écrivait tant de livres pédagogiques, avait elle-même été élevée avec une négligence peu ordinaire. N'ayant pas eu d'éducation, elle apprenait par cœur des textes et des morceaux de musique qu'elle récitait et chantait. Ses dons pour la harpe sont bien connus. Elle était dotée d'un esprit vif et d'une belle figure, et à seize ans elle fut mariée au comte de Genlis, colonel des grenadiers de France.
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(1) La Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc., parut de 1753 jusqu'en 1790. Nos citations sont extraites de l'édition procurée par Maurice Tourneux, Paris, Gamier frères, 1877- 1882, 16 vol. Pour des raisons de brièveté, nous la désignerons par CL. La Correspondance littéraire secrète, dite de Mettra, parut de 1775 jusqu'en 1793. Elle sera désignée par CLS. Mettra en řut le rédacteur. Comme la plupart des articles ne sont pas signés et que nous ne connaissons pas encore le nom des auteurs, nous parlerons de Mettra comme auteur présumé.
(2) Ulla Kôlving et Jeanne Carriat, Inventaire de la « Correspondance littéraire » de Grimm et Meister, The Voltaire Foundation, Oxford, 1984.