p. 197-203.

Philippe Faucon a analysé la manière dont il a abordé la politique dans son œuvre à l’occasion de la préparation d’une mini-série de trois épisodes réalisée pour la chaîne de télévision Arte, Fiertés : « La dimension politique de la série passe avant tout par la revendication, l’affirmation, le prisme de l’intime. De Samia à Fatima, tous les personnages de mes films s’efforcent de s’affranchir d’un regard qui les assigne ou les enferme. Ils doivent se dresser contre ce que l’on entrave et ce que l’on empêche chez eux1. » En suggérant que la politique n’est pas indifférente à l’intimité des sujets, qu’elle n’est pas exclusivement l’affaire d’un monde social et d’actions collectives, Faucon retrouve une thèse sur la politique défendue par Jacques Rancière depuis La parole ouvrière (1976) et La nuit des prolétaires (1981) : la politique prend corps lorsqu’un sujet trouve le moyen de sa visibilité sociale contre le consensus qui l’exclut de la gestion des parts qui reviennent à chacun. Les textes ouvriers écrits autour des années 1830 que redécouvre Rancière ne sont pas tant à lire pour ce qu’ils disent de leur condition sociale, qu’à comprendre à partir d’une revendication littéraire qu’ils portent dans un monde qui leur est interdit. 

1Faucon Philippe, cité dans Grassin Sophie, « “Fiertés” : une fresque familiale sur l’homosexualité : pudeur et délicatesse », TéléObs, 6 août 2017.

_________________

« Le journal intime ou la voix des opprimés », Fatima, Philippe Faucon, 2015.

Retour à l'accueil