F. Javier GÔMEZ ESPELOSÎN. Université de Alcalâ de Hénares (Espagne). Inde, Grèce ancienne. Regards croisés en anthropologie de l'espace, 21-37

Le récit de voyage1 a été depuis longtemps le moyen principal que la plus grande partie de l'humanité avait à sa disposition pour accéder à la connaissance du monde. Étant donné que la possibilité de se déplacer était très réduite, les chances d'arriver à connaître le monde au-delà de sa propre polis étaient très limitées Bien conscients de cet état de faits, aèdes et rhapsodes ont introduit, dans leurs répertoires, des aventures de voyage, dont quelques-unes sont devenues très célèbres, telles les très populaires errances d'Ulysse ou l'expédition des Argonautes. Les Périples, ces premiers guides de la navigation, ont dû aussi très tôt dépasser leur stricte utilité pratique et leurs auteurs les agrémentaient avec des informations curieuses sur les peuples installés tout au long du trajet. Il est bien difficile, avec le temps, de séparer le réel de l'imaginaire2. Ces descriptions de pays lointains et fabuleux servaient certainement à stimuler l'ima¬ gination du public, qui était transporté de cette façon jusqu'aux confins du monde. Ce public était aussi fasciné par des noms bizarres qui ne renvoyaient à aucun espace déterminé et qui évoquaient à eux seuls tout un monde d'exotisme et de mystère.

Il fallait quand même rester dans des limites. Les fictions des poètes étaient quelque chose de bien différent des récits qui, supposait-on, étaient basés sur l'expérience individuelle. C'est ainsi que les logographes ont essayé de s'éloigner, à dessein, du récit épique et de ses mythes3. Il fallait de nouvelles méthodes qui fussent capables de garantir la vraisemblance et la vérité du récit. La méthode la plus acceptable était "l'autopsie", récit d'expériences vécues directement. C'est l'auteur qui garantissait personnellement la véracité de son récit, mais quelquefois il devait avoir recours aux récits d 'autrui, à condition, bien sûr, que les informants choisis fussent dignes de foi. La recherche critique faite à cet égard, historié, certifiait la crédibilité des récits rapportés, mais il fallait cependant se montrer sceptique à propos de certaines informations, surtout si elles provenaient des gens du pays. Malgré ces procédés fréquents tout au long des Histoires d'Hérodote4, quelques doutes restaient sur la vraisemblance de certains de ces récits, surtout ceux où l'on trouvait un excès manifeste d'éléments fabuleux et d'informations extraordinaires.

Lire la suite : https://www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_1995_act_576_1_2904

__________________

1. Sur les voyages dans le monde ancien, L. Casson, Traveî in the ancient World, Toronto, 1974. Récemment, G. Camassa et S. Fasce eds., Idea e realtà del viaggio. Il viaggio nel mondo antico, Genova, 1991 ; J.M. André et M. F. Basiez, Voyager dans l'Antiquité, Paris, 1993.

2. Sur les mensonges des voyageurs, P.G. Adams, Travelers and Travel Liars, Berkeley-Los Angeles, 1962 ; F.J . Gômez Espelosin, «Realidad y ficciôn en los realtos de viaje de la literatura griega », La cultura del viaje. Il Semana Canaria sobre el mundo Antiguo, La Laguna, 1994.

3. Ce qu'ont fait Hécatée de Milet dans sa Préface et Hérodote, tout au long de ses Histoires. Cf. L. Pearson, Early Ionian Historians, Oxford, 1939.

4. A cet égard, D. Lateiner, The Historical Method of Herodotus, Toronto, 1989. Inde, Grèce ancienne. Regards croisés en anthropologie de l'espace

_________________________

 

 

Retour à l'accueil