Il y a des auteurs qui savent se faire attendre. Qui ont écrit, sans jamais écrire pourtant. Et pas qu’un peu : beaucoup, passionnément, à la folie. Matthieu Galey fut de ceux-là, et il ne l’ignorait point : « Voici quarante-six ans que je somnole sur un trésor. Homosexuel et demi-juif, quel romancier ne donnerait cher pour posséder ce capital ? Moi, je vis cela, bien à mon aise, ou presque, sans en tirer profit ni souci, comme un paysan qui aurait transformé en étable une chapelle romaine. »
Matthieu Galey est l’auteur d’un seul livre ou presque, un journal au long cours, qui couvre une époque qu’il faut bien appeler charnière : depuis les années qui voient s’éloigner la guerre jusqu’à celles qui préfigurent notre aujourd’hui. Le miroir qu’il promène le long de son tiers de siècle est biseauté à souhait, ses angles sont coupants, les hommes et les femmes (Jouhandeau, Chardonne, Aragon, Madeleine Renaud, Jack Lang…) qui s’y reflètent ont des allures de nature morte ou de portrait vivant, c’est selon.
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Matthieu Galey, Journal intégral 1953-1986. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1024 p., 30 €
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