Par Alison Boulanger. Université de Lille.

 

Que le hasard joue un rôle moteur dans les œuvres traitant des grands conflits du XXe siècle n’a rien pour surprendre. Pour des individus dont la vie civile a été disloquée par les bombardements ou la déportation, l’existence ne semble pas régie par des chaînes causales mais par d’inconcevables ruptures, et la survie apparaît comme le fruit du pur hasard. Mais cette expérience peut suggérer une stratégie interprétative inverse : réfutant l’idée même de hasard, certains individus croient fermement que leur existence a été déterminée par une puissance supérieure. On s’intéressera à cette question à travers deux auteurs, Claude Simon et Hanna Krall, qui n’ont cessé de revenir à la période de la guerre. Le premier a vécu la Débâcle, un noyau autobiographique qui ensemence ses écrits ; la seconde, journaliste polonaise ayant survécu, enfant, au génocide juif, a créé ses œuvres à partir des témoignages d’autres rescapés. L’analyse portera sur deux romans, L’acacia de Claude Simon (1989) et Le roi de cœur de Hanna Krall (2006), où la certitude d’un destin à accomplir dirige les choix d’un personnage féminin, tandis que les bouleversements historiques s’expriment à travers une construction narrative discontinue. On se demandera dès lors si les œuvres s’associent aux conceptions du personnage ou s’en dissocient : structurées par un schéma téléologique apparent, mais désarticulées par le montage, elles paraissent écartelées entre prédestination et arbitraire.

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DOI : 10.54563/gfhla.480
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