Bagatelles pour mon journal. Scènes de ma vie de Franz Michael Felder. Un ouvrage fondateur pour moi, un peu tardivement néanmoins.
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La vie est ainsi faite qui se construit beaucoup – et pourquoi pas totalement – à coups de hasards. La femme de ma vie, qui prend rarement le bus sans y parler à quelqu’un, rencontra un jour une personne avec qui elle conversa, puis noua une relation cordiale. C’est ainsi que Christine, son interlocutrice en la circonstance, lui prêta un jour deux livres. J’ai lu les deux et je reste marqué par les Scènes de ma vie de Franz Michael Felder[1]. Un ouvrage fondateur pour moi, un peu tardivement néanmoins.
En 1987, Scènes de ma vie est à nouveau publié en Autriche. Peter Handke en rédige la préface, qui fera date : « Que peut signifier pour un lecteur du XXe siècle finissant l’autobiographie d’un paysan d’un coin perdu du Bregenzerwald ? Pour moi, elle a représenté bien plus qu’une intéressante lecture. Elle m’a expliqué ma propre enfance. Et quand je dis « expliqué », je veux dire : elle m’a fait comprendre mon enfance campagnarde. » À moi aussi, même si je ne fus pas vraiment campagnard.
Si je n’étais pas à proprement parler un enfant de la campagne, ce livre m’a fait comprendre néanmoins beaucoup de choses sur mon enfance et sur moi-même adulte. Il s’agit d’une lecture passionnante, poétique, pudique et attachante, où l’on voit le rôle que peut jouer la lecture dans la vie d’un être. En effet, ce petit paysan d’un village autrichien isolé géographiquement et culturellement, aux vallées étroites et aux idées étriquées, découvre une autre vie que la sienne au travers des journaux qu’il consomme avec frénésie quand il découvre leur existence, malgré les aléas de la distribution dans son trou perdu, à Schoppernau, « village le plus reculé des profondeurs du Bregenzerwald ».
Les journaux conduisent aux livres, lesquels engendrent la réflexion. Cet autodidacte deviendra écrivain (et quel écrivain !) sans renier son origine paysanne et mourra d’épuisement à seulement trente ans, car sa vie de paysan fut une lutte titanesque placée sous l’empire de la lecture…
[1] Scènes de ma vie, de Franz Michael Felder (Auteur), Peter Handke (Préface), Jean-Yves Masson (Postface), Verdier 2014 .