Bagatelles pour mon journal. On connaît la chanson
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Ma mère chantait faux. Moi aussi. Mais j’ai toujours aimé chanter, au grand dam de mon entourage. Je me souviens d’une scène alors que j’étais en cours préparatoire. Notre classe comportait deux niveaux : le CP et le CE1. Les élèves de celui–ci avaient appris une chanson et comme nous étions dans la même classe je l’avais bien sûr entendue et enregistrée. L’institutrice était assistée d’une dame âgée (femme de ménages après les cours) qui nous descendait en récréation avant les « grands ». Ce jour–là, arrivé dans la cour, j’entonnai la fameuse chanson. Suffisamment fort pour que la maîtresse l’entende et ouvre la fenêtre de la classe pour s’enquérir, intriguée, de qui poussait ainsi la chansonnette. J’eus droit à un compliment doublé d’un sourire. D’allure chevaline, cette institutrice au teint jaunâtre était particulièrement disgracieuse. Devenu adulte, j’ai appris longtemps plus tard qu’elle s’était suicidée, ce qui m’a chagriné car de son enseignement de la lecture j’ai conservé un souvenir lumineux, tant ce qu’elle nous révélait me subjuguait. Je la revois encore, une petite caissette en bois à la main, distribuant les bons points qu’elle y puisait pour récompenser les meilleures performances de notre cours.
Si en France tout finit par des chansons, je peux dire que j’ai toujours entendu chanter autour de moi. La chanson entrait dans la maison par la radio, à dose homéopathique d’ailleurs. Notre écoute se limitait en effet à Radio Luxembourg, l’ancêtre des radios dont la création datait de 1933. Quand je fus plus âgé, un événement de la plus haute importance transforma le paysage radiophonique français avec la naissance d’Europe1 en 1955. À partir de cette époque, la chanson a véritablement pris place chez nous de façon moderne. Comment aurais-je connu Brassens, Brel ou Ferré autrement ? Ferrat et Barbara apparurent un peu plus tard.
Un jour, le vieux poste couleur Bakélite sur lequel ma mère prétendait avoir écouté Radio Londres fut remplacé par un somptueux combiné de belle facture, peut-être en ronce de noyer ou son imitation. Il disposait, sur le dessus, d’un tourne-disque 78 tours – les vinyles, seuls disques à l’époque – en gomme-laque protégé par un couvercle aux belles formes arrondies.
Depuis cette période, je n’ai jamais cessé d’écouter chanteurs et chanteuses dont j’appréciais les textes, la voix, les musiques et l’interprétation. Peu de ces textes me paraissaient aussi bons, chantés par d’autres interprètes. Je pourrais dresser une liste d’exceptions, mais j’en citerai simplement deux : Nina Simone chantant Brel (Ne me quitte pas) et Sapho interprétant Ferré…