Bagatelles pour mon journal : les cyniques comme Diogène avaient une morale
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Dans Le dictionnaire du Diable, Ambrose Bierce définit le cynique comme un « Grossier personnage dont la vision déformée voit les choses comme elles sont, et non comme elles devraient être. » Je partage totalement cette description. N’est-ce pas ainsi qu’était Diogène de Sinope : lucide avant tout ?
Proche du stoïcisme, l'école Cynique fut fondée vers 380 avant notre ère par Antisthène. Mais son plus célèbre représentant est sans doute Diogène de Sinope aussi appelé justement Diogène le Cynique. Plus tard, il fut surnommé « le Socrate fou ». Les informations le concernant sont multiples et contradictoires. Certaines le disent débauché et irréligieux (ce qui n'a bien sûr rien de condamnable à mes yeux si je m’en réfère à Restif de La Bretonne ou à Sade). D'autres le décrivent en ascète rigoureux et sévère. Toutes rapportent à son sujet anecdotes et mots d’esprit. On cite souvent à ce propos sa réponse au roi de Macédoine, Alexandre, venu lui demander s'il avait besoin de quoi que ce soit : « Ôte–toi de mon Soleil ». Le visiteur s’était en effet placé fâcheusement devant l’entrée de son tonneau et lui cachait l’astre du jour.
Les cyniques comme Diogène avaient une morale. Ils plaidaient pour la liberté et l’indépendance de tout un chacun. Leur démarche relevait d’une pédagogie visant à faire tomber les masques et forcer les êtres à remettre en question les pratiques établies. Ils ne choquaient donc pas par principe.
Subversif, le cynique a tendance à ne pas se soumettre d’emblée aux conventions sociales ou du moins à les observer d’un œil réservé ou critique. Avec impudence et impertinence, par esprit de provocation mais aussi pour produire un raisonnement judicieux, il pratique le culte de la dérision, ce que je fais volontiers. Sans commune mesure avec Diogène évidemment. Dans Les carnets I (mai 1935 - février 1942) Albert Camus avait justement pointé « La tentation commune à toutes les intelligences : le cynisme. »