Épicure a subi le même sort que Sade ultérieurement : son nom a donné naissance à un adjectif et à un nom commun : épicurisme et épicurien (également adjectif). Or, ce qu’on nomme épicurisme n’a rien avoir avec ce sage antique. Au contraire ! « un verre de vin lui suffisait, et il buvait de préférence de l'eau » si l'on en croit ce que rapporte Diogène Laërce. Mais dans notre vocabulaire actuel, l’épicurien incarne presque toujours un bon vivant aux antipodes de l’ascèse d’Épicure. Il y a confusion avec l’hédonisme lequel s’apparente au jouisseur, amoureux d’un certain art du plaisir des sens. 

Plutôt hédoniste personnellement (encore qu'avec le temps…), je suis sûr que mon penchant pour l’art du bien–vivre trouve son origine dans L’ami Fritz d’Erckmann–Chatrian. J’ai dû recevoir cet ouvrage lors d’une remise de prix. Sa lecture m’a alors enchanté et j’ai toujours gardé en mémoire la descente de Fritz dans sa cave alors qu’il va recevoir quelques personnes à déjeuner. Il remonte avec au moins une douzaine de bouteilles (pour quatre convives) auxquelles il ajoute au passage un flacon de vieux rhum... Rien ne pouvait en faire un épigone des épicuriens. Mais justement, revenons à Épicure.

Heureusement, Montaigne lui a rendu justice en notant1 : « Et Épicure, duquel les dogmes sont irréligieux et délicats se porta en sa vie très dévotieusement et laborieusement. Il écrit à un sien ami qu’il ne vit que de pain bis et d’eau, qu’il lui envoie un peu de fromage pour quand il voudra faire quelque somptueux repas. »

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  1. Montaigne, Les Essais, Livre II, chapitre 11, page 315, Arléa 2002.

 

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