Le journal comme «antifiction». Par Philippe Lejeune
15 févr. 2025/image%2F7030078%2F20250215%2Fob_fefde4_j-i-bien-dit-clin-d-oeil.jpg)
Je viens de vérifier sur Google : le mot « antifiction » est libre, du moins pour la théorie littéraire. Il y a un groupe hip-hop qui occupe le terrain, c’est tout. Pas de concurrence. Aujourd’hui, dès qu’on invente un mot, il faut prendre un brevet. Serge Doubrovsky croyait avoir créé en 1977 le mot « autofiction », mais en 1998 son petit-cousin Marc Weitzmann soutint que le concept avait été inventé dès 1965 par Jerzy Kosinski, ce que Philippe Vilain vient de s’employer à prouver faux dans Défense de Narcisse (2005). Si je raconte cette histoire drôle, c’est que j’ai créé « antifiction » par agacement devant « autofiction », le mot et la chose. J’aime l’autobiographie, j’aime la fiction, j’aime moins leur mélange. Je ne crois pas qu’on puisse vraiment lire assis entre deux chaises. La plupart des « autofictions » sont reçues comme des autobiographies : le lecteur ne saurait faire autrement. Ce sont des autobiographies qui prennent des chemins retors vers la vérité. Pourquoi pas. Mais on n’a guère moyen de savoir en quoi consiste la torsion. Donc je préfère, c’est un choix personnel, les textes qui affrontent en face l’impossible vérité, éventuellement par des voies obliques, comme l’ont fait Perec et d’autres, mais loyalement et en renonçant à inventer.
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