« Le tango a connu une renaissance spectaculaire en Argentine, et Buenos Aires est redevenu un temple dédié a la danse et à la musique. » (https://www.argentina-excepcion.com/)

À Paris, dans le 3e arrondissement, la rue Au Maire créée en 1280 se termine dans la rue de Turbigo. Je pouvais voir cette dernière petite portion depuis les fenêtres de mon bureau quand nous habitions encore rue de Turbigo. Avant d’arriver là, cette ruelle commence après la rue des Vertus, parallèlement de part et d’autre à la rue Réaumur et à la rue des Gravilliers avant de traverser la rue Beaubourg. C’est un quartier de grande mixité sociale (cadres, professions libérales mais aussi classes populaires et personnes vulnérables). Les commerces évoquent plutôt Chinatown mais sans la touche hollywoodienne. Au numéro 13 se tient un cabaret, pas du tout asiatique, qui fut créé en 1725. Il s’appelait alors Au Roi de Sardaigne avant de devenir la Cabrette, une guinguette où se retrouvaient les amateurs de bal musette autour de musiciens auvergnats. Le lieu a eu son heure de célébrité au cours des journées insurrectionnelles de février 1848, lorsque les habitants du quartier ont dressé une barricade dans la rue Au Maire, juste à sa hauteur.

Puis cet endroit devint l’antre du tango. Longtemps, ce fut le seul site de la capitale où l’on pouvait le danser une fois par semaine (le lundi), car c’est bien d’une salle de bal qu’il s’agissait. En septembre 1997, La Boîte à Frissons s’installe dans les murs du Tango en conservant cette enseigne bien visible. La « boîte à frissons » désigne l'accordéon (cette expression était employée par les accordéonistes de l'âge d'or du genre « musette » dans les années 30) et symbolise une certaine idée de la fête, populaire et conviviale. Heureusement, l’enseigne « Tango dancing » au fronton de l’établissement affirme toujours fièrement ses racines.

Je ne sais plus comment je suis devenu amoureux du tango1. Est–ce en allant découvrir Les trottoirs de Buenos Aires, au 37 rue des Lombards, ou l’inverse : avons–nous fréquenté ceux–ci parce que nous aimions le tango ? Quoi qu’il en soit, pour moi, le lieu mythique de la culture argentine à Paris restera Les Trottoirs de Buenos Aires, sis 37 rue des Lombards, Paris 1er, dans le quartier des Halles. Nous avons hanté ce café–concert régulièrement ; nous y avons aussi entraîné nos amis. Il fut inauguré en novembre 1981 avec le Sexteto Mayor…

Au début, il suffisait de prendre un café ou une autre consommation et vous vous trouviez régalés de tangos et milongas pour toute la soirée. Plus tard, la formule évolua : après vingt–deux heures trente, le public devait renouveler sa consommation… On comprend que l’affaire ne pouvait tenir commercialement. Car les créateurs de ce lieu magique, Edgardo Canton et Julio Lafon, programmaient des artistes qu’ils faisaient venir d’Argentine. Il fallait donc, outre les rémunérations, payer les frais de déplacement et d’hébergement dans la capitale. Nous y avons apprécié le Sexteto Mayor ainsi que le Sexteto tango et Suzanna Rinaldi. Peut–être aussi Anibal Pannunzio mais je n’en suis pas certain.

Autre lieu culte : dans le quartier de la Bastille, rue de Lappe. Au Bal à Jo, on danse encore le tango dans la belle salle décorée à la mémoire de Carlos Gardel. En banlieue parisienne, à Gennevilliers, deux maîtres argentins de l’instrument, Juan Jose Mosalini et Cesar Stroscio ont créé en 1988 la plus importante école de bandonéon du monde. Paris avait entamé cet engouement formidable avant que Buenos Aire ne se réveille…

 

 

 

 

 

Retour à l'accueil