Bagatelles pour mon journal : la généalogie opium du peuple ?
25 févr. 2025« La généalogie s’emparait des gens. Ils allaient dans les mairies de leur région natale, collectionnaient les actes de naissance et de décès, fascinés et déçus devant des archives muettes où n’apparaissaient que des noms, des dates et des professions … » Ainsi notait Annie Ernaux 1.
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Avec l’internet, plus besoin de recherches localisées. Le salon, le bureau ou un coin de la salle à manger suffisent. Les sites spécialisés ont proliféré détectant un marché juteux. Tout un chacun se cherche des ancêtres, de préférence de bon aloi. Cela peut même devenir une sorte de jeu ou de sport. C’est à celui qui, dans une même famille, fera avancer le Schmilblick ou découvrira le héros dont personne n’avait jamais soupçonné l’existence. Avec ce nouveau protagoniste, la saga familiale est relancée et chacun(e) se voit aussi en vedette locale puis nationale. Certains caressent même l’idée d’en écrire l’histoire en rêvant de best–seller.
Un ami, plus âgé que moi, mort voici longtemps, riait franchement de cette farce nationale : « Avec les guerres, les invasions et les occupations, constatait-il, nous sommes tous plus ou moins descendants de femmes violées. » Son ami, le chansonnier Léo Campion pensait à peu près la même chose : « La généalogie est une science rigoureusement inexacte, à cause des bâtards. » Si l’on ajoute les incestes, les adultères et autres tromperies libidineuses dissimulées sous le tapis des secrets de famille, la probabilité d’établir des arbres généalogiques sans erreur est quasi nulle. D’où mon scepticisme affirmé. Mais cela occupe, distrait et fait parfois rêver. Peut–être les « Français de souche » y ont–ils trouvé leur inspiration rance. Ainsi que les débats nauséabonds sur « l’identité nationale. » Car, comme le notait l’inénarrable Jules Renard : « Il savait sa généalogie, il connaissait ses aïeux sur le bout des doigts; mais il n'était pas sûr de son père. »
1. Les Années, Annie Ernaux, p. 159.