Bagatelles pour mon journal. La religion empoisonne tout
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« Qu’est–ce que la foi ? C’est de croire fermement ce que l’on ne comprend pas », affirmait Madame du Deffand dans l’une de ses lettres[1]. Dans son livre dieu n’est pas Grand (minuscule à dieu et majuscule à grand), Christophers Hitchens, célèbre polémiste, explique avec talent et humour « Comment la religion empoisonne tout ». Son affirmation : « Ce qui peut être affirmé sans preuves peut être rejeté sans preuves » est maintenant connue sous le nom de « rasoir d’Hitchens ». Autrement dit, la charge de la preuve revient à celui ou celle qui affirme la véracité d’une chose ou d’un fait, par exemple, l’existence de Dieu. L’absence de démonstration exonère ses adversaires d’une réponse argumentée, ce qui me paraît hautement équitable.
Voici une trentaine d’années, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt les trois gros volumes complexes d’Histoire des croyances et des pensées religieuses[2], puis le Traité d’histoire des religions[3] de Mircéa Eliade, avant d’entreprendre celle des trois gros volumes de son Journal[4 – lecture particulièrement vivante et attachante, comme celle de ses romans, d’ailleurs. Je peux dire que les religions ont toujours occupé et nourri ma réflexion. J’en tire le bilan qu’il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Avec beaucoup de sophistication, toutes mettent l’humain sous dépendance d’une manière ou d’une autre. On se moque facilement aujourd’hui de l’affirmation de Karl Marx, selon laquelle la religion est « l’opium du peuple[5] ». Pourtant, cela reste vrai. J’ajouterai que la diversification de ces drogues augmente encore leur capacité à phagocyter la pensée. Elles cannibalisent littéralement l’ensemble des fonctions psychiques et mettent sous tutelle le libre arbitre de ceux qui acceptent de leur prêter allégeance. La presse écrite, parlée, télévisée et maintenant digitale leur apportent volontairement – ou innocemment ? ce que je ne pense pas – un sérieux coup de main. Certes, cette nuisance est le plus souvent consentie, voire recherchée. Il n’empêche.
« Et qu’est-ce qu’une religion, sinon la contraction et la cimentation d’une mystique dans l’unanimité des âmes faibles 6? »
[1] Madame du Deffand, Lettres (1742-1780), Mercure de France 2018, page 116.
[2] Mircéa Eliade. Histoire des croyances et des idées religieuses, tome 1: De l’âge de pierre aux mystères d’Éleusys (Payot 2016), tome 2 : De Gautama Bouddha au triomphe du christianisme (Payot 2016), tome 3 De Mahomet à l’âge des réformes (Payot 2016)
[3] Mircéa Eliade. Traité d’histoire des religions Payot 2004.
[4] Mircéa Eliade Fragments d’un journal I 1945-1969. Gallimard, Du Monde Entier 1973 . II 1970-1978. Gallimard, Du Monde Entier1981. III 1979-1985. Gallimard, Du Monde Entier 1991.