Umberto Eco a souvent répondu avec humour et philosophie à la question de savoir s'il avait lu toutes les dizaines de milliers de livres de sa bibliothèque personnelle, qui comptait entre 30 000 et 50 000 volumes. Sa réponse la plus célèbre se trouve notamment dans l’ouvrage « N’espérez pas vous débarrasser des livres » (2009), où il explique que posséder une bibliothèque imposante implique nécessairement des étagères de livres non lus, qui ne doivent surtout pas être considérés comme inutiles ou superflus.

Eco rapporte fréquemment qu’on lui demandait : « Vous les avez tous lus ? » Face à cette question, il répondait : « Pourquoi les garderais-je si je les avais lus ? ». Il défend l’idée que la bibliothèque de livres non lus est signe de curiosité et de lecture potentielle ; elle est moins un étalage de culture qu’une réserve pour le futur et une tremplin pour la connaissance diffuse par consultations fragmentaires ou emprunt d’idées.

Cette réflexion a été reprise par Nassim Taleb qui lui consacre le terme « antilibrary » : la valeur d’une bibliothèque tient justement à ce qu’elle contient beaucoup de livres non lus ; elle est plus un outil de recherche qu’un trophée intellectuel. Eco souligne qu'il est insensé de penser qu'il faut lire tous les livres qu'on possède ; leur simple présence permet de s’y référer, d’en tirer une idée, d’être influencé par leur réseau d’allusions, de citations et d’échos dans d’autres ouvrages consultés.

En résumé, selon Eco :
« Nous avons tous chez nous des dizaines, des centaines, voire des milliers (si notre bibliothèque est imposante) de livres que nous n’avons pas lus. Pourtant, un jour ou l’autre, nous finissons par prendre ces livres en main pour réaliser que nous les connaissons déjà. [...] La bibliothèque idéale n’est pas un cimetière de titres lus, mais un terrain d’aventures à venir ».

Réponse d’auteur

« Il est insensé de penser qu’il faut lire tous les livres qu’on achète […] Il y a des choses dans la vie pour lesquelles nous avons besoin de toujours avoir suffisamment de provisions, même si nous n’en utilisons qu’une petite partie. ».

Umberto Eco voyait donc sa bibliothèque comme une réserve de savoir, de désir de lecture et de familiarité intellectuelle, et non comme une vitrine de conquêtes achevées.

Voici des extraits précis et authentiques de la réponse d’Umberto Eco à la question sur sa bibliothèque et la lecture de ses milliers de livres :

  • « À la personne qui entre chez vous pour la première fois, découvre votre imposante bibliothèque et ne trouve rien de mieux que de vous demander : “Vous les avez tous lus ?”, je connais plusieurs façons de répondre. Un de mes amis répondait : ‘Davantage, monsieur, davantage.’ »
  • « Pour ma part j’ai deux réponses : la première c’est : ‘Non. Ces livres-là sont seulement ceux que je dois lire la semaine prochaine. Ceux que j’ai déjà lus sont à l’université.’ »
  • « La deuxième réponse est : ‘Je n’ai lu aucun de ces livres. Sinon, pourquoi les garderais-je ?’ »
  • Eco développe ensuite : « La vérité est que nous avons tous chez nous des dizaines, ou des centaines, voire des milliers (si notre bibliothèque est imposante) de livres que nous n’avons pas lus. Pourtant, un jour ou l’autre, nous finissons par prendre ces livres en main pour réaliser que nous les connaissons déjà. »
  • À propos de la familiarité avec des livres non lus, il ajoute : « [...] durant ces années vous avez lu un tas de livres qui citaient ce livre-là, lequel a fini par vous devenir familier. Il y a donc plusieurs façons de savoir quelque chose des livres que nous n’avons pas lus. Heureusement, sinon où trouver le temps pour relire quatre fois le même livre ? »

Toutes ces citations sont issues du livre “N'espérez pas vous débarrasser des livres” (2009, entretien avec Jean-Claude Carrière).

 

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