L'écriture est apparue en Mésopotamie entre 3400 et 3200 avant notremarquant une transition fondamentale de la préhistoire à l'histoire. Ce système, qui a évolué pour devenir l'écriture cunéiforme, un pilier de la civilisation mésopotamienne pendant plus de trois millénaires, avant d'être rétabli et déchiffré par des savants européens au XIXe siècle.

Les débuts : de la préhistoire à l'histoire

L'invention de l'écriture en Mésopotamie répond avant tout à des besoins administratifs et comptables nés avec l'émergence des premières villes et des États, notamment dans la cité d'Uruk. Avantapparition, des premiers ministres signent des écrits, les sociétés mésopotamiennes utilisatrices des systèmes de compétence pour gérer les biens.

  • Les précurseurs de l'écriture : Des jets en argile (calculs) de formes variées étaient utilisés pour représenter des quantités de marchandises. Ces jetons étaient parfumés enfermés dans des enveloppes d'argile scellées, appelées bulles-enveloppes. Pour connaître le contenu, il fallait briser la bulle. Progressivement, des symboles représentant les jetons ont été imprimés sur la surface des bulles, rendant inutile de les casser.
  • Le proto-cunéiforme : Cette évolution a mené à la création de tablettes d'argile plates sur lesquelles étaient inscrits des signes numériques et des pictogrammes (des dessins représentant des objets). Ce premier système d'écriture, appelé proto-cunéiforme[traduction], était principalement logographique : chaque signe représentait un mot ou une idée. Les premières tablettes, datant des périodes d'Uruk IV (vers 3400-3200 av. notreère) et Uruk III (vers 3200-3000 av. JC.), sont essentiels des documents administratifs inscrits des mouvements de biens (grains, bestiaux, bière).

L'écriture cunéiforme : supports et outils

L'écriture cunéiforme fait son nom au latin cunée« , qui signifie »coin« ou »clou", en raison de la forme caractéristique de ses signes.

La tablette d'argile et le calame

Le support le plus emblématique de la Mésopotamie est la tablette d'argile (inébranlableu(m) en akkadien). L'argile était un matériau abondant et peu coûteux dans la région. Les scribes utilisaient de l'argile purifiée pour faire des tablettes de tailles variées, allant de quelques centimètres à plus de quarante.

L'instrument utilisé pour écrire l'état le calame (qan 'info-auditif' en akkadien, littéralement « roseau de tablette »). Il s'agit le plus souvent d'un roseau taillé, mais il pouvait aussi être en os, en ivoire, en bois ou en métal. Le scribe tenait le calame et s'enfonçait dans l'argile encore tendue pour y laisser des empreintes en forme de pièces. Une fois le texte écrit, la tablette était séchée au soleil. Pour les documents importants, elle pouvait être cuite au four, ce qui garantissait sa pérennité et a permis à des centaines de milliers de tablettes de nous parvenir.

Autres soutient d'écriture

Bien que l'argile fût le support principal, d'autres matériaux étaient employés, souvenir pour des usages spéciaux :

  • La Cire : Des tablettes de bois ou, plus raréfaction et luxe, d'ivoire, étaient creusées et remplies d'une coupe de cire, souvenir un mélange de cire d'abeille et d'un pigment comme l'orpiment (un sulfure d'arsenic jaune) pour améliorer la lisibilité. Ce support avait l'avantage d'être réutilisable : il suffisait de lisser la cire pour effacer le texte.
  • La pierre et le métal : Pour les inscriptions royales, les textes de loi ou les dédicaces aux dieux, sur utilisait des supports durables comme la pierre (stèles, statues, bas-reliefs) ou le métal (clous de fondation, tablettes en or ou en bronze). Ces inscriptions étaient gravées et avaient pour but de pérenniser le message.

Évolution et culture cunéiforme

L'écriture mésopotamienne a connu une double évolution majeure qui a assuré son succès et sa diffusion.

  1. Évolution graphique : Au début du IIIe millénaire av. J.-C., les signes pictographiques, souvenirs courbes et complexes à tracer, ont été progressivement stylisés. Les scribes ont décomposé les lignes en segments droits et courts, imprimés avec le calame. Les signes ont ainsi perdu leur aspect figuratif pour devenir des combinaisons abstraites de « clous », ce qui rend l'écriture plus rapide et systématique.
  2. Évolution fonctionnelle : Le système a évolué d'un système purement logographique à un système mixte, logo-syllabique. Les scribes ont commis à utiliser les signes non plus seulement pour leur sens (l'objet qu'ils représentent) mais aussi pour leur fils (la syllabe qu'ils évoquent). Ce principe, dit du rébus, a permis de noter des mots abstraits, des noms propres et des éléments grammaticaux. Cette phonétisation a été cruciale pour adapter l'écriture sumérienne à d'autres langues, comme l'akkadien (une langue sémitique), puis le hittite, l'islamite ou le hourrite.

L'écriture cunéiforme est ainsi devenue le monde d'une culture cunéiforme qui s'est entendu au tout le Proche-Orient ancien. Elle était utilisée pour l'administration, le commerce, la diplomatie, la religion, la littérature (en)L'Épopée de Gilgamesh) et les sciences (mathématiques, astronomie).

Découvertes et déchiffrement

Après sa disparition au début de l'ère chrétienne, l'écriture cunéiforme tomba dans l'oubli complet. Sa redécouverte et son déchiffrement furent une aventure intellectuelle majeure du XIXe siècle.

Les premiers voyageurs occidentaux

Dès le XVIIe siècle, des voyageurs européens rapportent des copies d'inscriptions mystérieuses.

  • L'Italien Pietro Della Valle est le premier à recopier fidèlement des signes cunéiformes à Persépolis en 1621.
  • L'Allemand Carsten Niebuhr, lors de son voyage en Perse et Mésopotamie dans les années 1760, publie des copies précises d'inscriptions trilingues de Persépolis.
  • Le botaniste français André Michaux découvre près de Bagdad une stèle inscrite connue sous le nom de "caillou Michaux", le premier grand texte cunéiforme à paraître en Europe en 1800.

Le déchiffrement de l'écriture

Le déchiffrement s'est fait par étapes, grâce aux efforts conjoints de plusieurs savants européens.

Le point de départ fut le travail sur les inscriptions trilingues des rois perses achéménides, gravées en vieux-perse, en élamite et en babylonien (une forme d'akkadien).

  • Georg Friedrich Grotefend : En 1802, ce philologue allemand réussit une percée décisive. Postulant que les inscriptions de Persépolis étaient des textes royaux, il identifia une formule répétitive qu'il interpréta comme « X, grand roi, roi des rois, fils de Y ». En se basant sur les noms des rois perses connus par les historiens grecs (Darius, Xerxès), il parvint à attribuer une valeur phonétique correcte à une douzaine de signes du vieux-perse.
  • Henry Creswicke Rawlinson, Edward Hincks et Jules Oppert : Le déchiffrement complet du vieux-perse (un système quasi alphabétique d'une quarantaine de signes) permit ensuite de s'attaquer aux deux autres écritures, beaucoup plus complexes. En s'appelant sur la version perse comme « clé », ces savants, en particulier le Britannique Rawlinson, l'Irlandais Hincks et le Franco-Allemand Oppert, ont progressif percé les mystères de l'akkadien babylonien, un système complexe de plus centaines de signes syllabiques et logographiques.

En 1857, la Royal Asiatic Society de Londres organisa une interprète : elle envoyéa une copie d'une tête inscription inédite du roi assyrien Teglath-Phalasar Ier à Rawlinson, Hincks, Oppert et William Fox Talbot, leur exigeant une traduction scellée. Les traductions concordent sur les points essentiels, prouvant que l'écriture cunéiforme et la langue akkadienne étaient désormais comprises. Cet événement est considéré comme comme l'acte de naissance de l'assyriologie.

 

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