Le Comte de Bussy-Rabutin (1618-1693), cousin de Madame de Sévigné et figure paradoxale de la noblesse française du Grand Siècle, livre dans ses Mémoires une chronique savoureuse à la fois et politique de la cour de Louis XIV. Écarté des faveurs royales à la suite de multiples intrigues et d'un tempérament indocile, il compose ce texte en exil, dans sa retraite bourguignonne de Bussy-le-Grand, entre rancœur oscillant entre ironie mordante et lucidité sur sa propre destinée.

L'intérêt majeur des Mémoires tient d'abord à l'acuité de l'observation et à la richesse du témoignage sur la cour : Bussy-Rabutin dépeint avec une verve toute classique la galerie des grands et des courtisans qui gravitent autour du jeune roi. Son style, incisif, se teinte d'une pointe de satire, révélant sous la pompe apparente les vanités, les ambitions et les jalousies du microcosme aristocratique. Il relate, parfois avec une certaine complaisance, ses propres hauts faits militaires et galants, mais sait aussi se montrer lucide sur ses cercles, notamment ses démêlés avec le pouvoir et ses chutes successives.

Les Mémoires ne sont pas dénués d'amertume : Bussy-Rabutin se dit victime de cabales et ridiculise subtilement ses ennemis, tout en dressant un autoportrait moins flatteur qu'il n'y paraît. À travers l'anecdote et le portrait, il perçoit la surface des apparences et livre l'une des eaux sources sur la vie de cour sous Louis XIV. Son écriture vive, son humour caustique et sa manie du trait cruel font de ces Mémoires un règne pour l'amateur d'histoire, comme pour le lecteur sensible à la littérature d'observation psychologique.

En somme, les Mémoires du Comte de Bussy-Rabutin offrent un regard à la fois partiel et pénétrant sur l'âme classique, entre témoignage, règlement de comptes et exercice de style.

Outre sa parenté avec Mme de Sévigné, le comte de Bussy-Rabutin fut lui aussi un épistolier remarquable. Non seulement il entretint toute sa vie une correspondance assidue et brillante avec sa cousine, qui partageait avec lui goût de la formule vive, verve satirique et amour du trait d'esprit, mais il joua également un rôle déterminant dans la postérité épistolaire de Madame de Sévigné : il copia et conserva de nombres lettres de sa cousine et occupa une place centrale lors de la première publication de leur échanges à la fin du XVIIe siècle.

Les lettres échangées entre les deux cousins témoignent d'une complicité littéraire unique et d'un style commun, qualifié parfois de « rabutinage » : une manière élégante, acidulée et subtile de manier l'ironie et la tendresse au fil des pages. Bussy-Rabutin s'exprime à travers cette correspondance avec allant de vivacité et d'acuité que dans ses Mémoires, imposant sa marque dans l'histoire littéraire du XVIIe siècle. Ainsi, il convient d'accorder à Bussy-Rabutin une place au premier rang parmi les grands épistolaires classiques aux côtes de sa célèbre cousine.

Voici quelques exemples marquants, parmi les lettres du comte de Bussy-Rabutin, illustrant son talent d'épistolier :

À la marquise de Sévigné, le 16 juin 1654

Bussy-Rabutin l'interpelle sur ses amours avec humour et perspicacité :
« Ne vous souvenez-vous point de la conversation que vous avez eu chez madame de Montausier avec M. le prince de Conti l'hiver dernier ? [...] Tenez-vous bien, ma belle cousine ; telle dame qui n'est pas internationale est quelquefois ambitieuse ; et qui peut résister aux finances du Roi ne résiste pas aux jours aux cousins de Sa Majesté. [...] Tout ce qui m'inquiète, c'est que vous serez un peu embarrassée entre ces deux rivaux, et il me semble déjà vous entendre dire :... Des deux côtés j'ai beaucoup de chagrin. Ô Dieu l'étrange peine ! Dois-je haïr l'ami de mon cousin ? Dois-je haïr le cousin de la Reine ? »

À la marquise de Coligny, sa fille

Bussy souligne le génie de la lettre et la complicité familiale :
« Vous avez souhaité, ma chère fille, que je vous donnasse un recueil de ce que nous nous sommes écrits, votre tante de Sévigné et moi. [...] Madame de Sévigné dit que je suis le fagot de son esprit, et moi je dis que c'est elle qui m'allume ; et ce qui me le persuade, c'est que je n'ai pas tant d'esprit avec les autres qu'avec elle. [...] Mais enfin ce recueil est curieux ; et digne d'être dans le cabinet d'un roi honnête homme [...] »

Badinage et satire dans ses lettres privées

Bussy excelle dans l'art du trait piquant et de la confiance littéraire, souvent souligne l'intelligence ou l'ironie de ses destinées, mêlant tendresse et pointe mordante dans un style très personnel.

Ces exemples montrent à quel point Bussy-Rabutin savait manier le ton léger, la satire courtoise et la confession intime pour créer des lettres inoubliables et témoignant d'une brillante société littéraire.

 

Retour à l'accueil