Cette lettre s'inscrit dans le contexte dramatique de l'exil de Beaumarchais, accusé de dissimuler soixante mille fusils qu'il s'était engagé à vivre à la Convention. Réfugié à Londres après avoir été emprisonné à l'Abbaye et libéré à la veille des massacres de septembre 1792, Beaumarchais utilise cette correspondance avec sa fille comme élément de sa défense publique.

Le contenu de la lettre mêle affection paternelle et plainte pathétique. Beaumarchais y exprime son angoisse de ne pouvoir revoir sa fille, concluant par cette phrase émouvante : « Oh ! » ! que j'embrasserai mon enfant avec joie, si des événements plus terribles et plus désastreux ne la prive pas de son père et me permettent de la revoir !". Il y présente également le cadre familial comme la seule structure susceptible de calmer les « doubles » causées par son statut de citoyen « persécuté ».

Le style pathétique domine cette correspondance, caractéristique de l'écriture de Beaumarchais pendant cette période. L'auteur récourt aux émotions pour prouver son innocence, présentant sa sensibilité paternelle comme une preuve de sa vertu citoyenne. Cette tonalité émotionnelle s'inscrit dans une stratégie rhétorique plus large où Beaumarchais se décrit  en « vieillard outragé », « bon père, bon mari, bon ami » et « excellent citoyen ».

La lettre adopte une théâtralité propre au style de Beaumarchais, construction comme une scène de genre familiale destinée à émouvoir et convaincre. Elle s'accompagne d'ailleurs d'une autre scène touchante où sa fille chante de sa « voix douce et mélodieuse » le Salvam Fac Gentem, une première qu'il avait composée pour elle.

Cette lettre a été insérée dans les mémoires d'autodéfense de Beaumarchais, publiées en six livres et à six mille exemplaires. L'émotion pathétique associée au thème de la paternité visait à donner de lui l'image d'un bon citoyen, selon l'équivalence révolutionnaire entre la « petite » et la « grande » famille qui faisait figure de lieu commun à l'époque.

La stratégie émotionnelle de Beaumarchais a finalement porté ses fruits : le Comité de salut reconnaît son innocence et il rentre en France le 5 juillet 1796. Cette réhabilitation coïncida avec un retour général de la sensibilité sous le Directoire et une réévaluation du pathétique dans la culture post-thermidorienne.

 

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